Air urbain: la chimie du quotidien détrône l'automobile

Le 16 février 2018 par Romain Loury
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Los Angeles
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La pollution de l’air urbain n’est plus ce qu’elle était: selon une étude américaine publiée jeudi 15 février dans la revue Science, les produits de consommation auraient détrôné les émissions automobiles comme première source de composés organiques volatils (COV).

C’est un effet inattendu des efforts entrepris depuis des décennies pour rendre les voitures moins polluantes, en particulier via les pots catalytiques: les automobiles ne seraient désormais plus les premiers émetteurs de COV. Oxydés une fois dans l’air, en particulier par les oxydes d’azote, ces composés sont les précurseurs des particules fines et de l’ozone, deux fléaux de santé publique.

Pesticides, parfums, peintures, etc.

Or si les efforts d’assainissement de l’air urbain portent, à raison, sur l’automobile, il est une autre source qui prend de l’ampleur, et s’avère même en passe de détrôner les produits de la combustion des carburants automobiles, si elle ne l’a pas déjà fait: les produits de consommation courante (colle, détergents), les pesticides présents dans l’air, les parfums, les peintures, autant de produits issus de la chimie du pétrole.

Brian McDonald, du centre coopératif de recherche sur les sciences de l’environnement à Boulder (Colorado), et ses collègues ont analysé la situation à Los Angeles, par divers moyens: en mesurant la présence de COV à proximité ou à distance des voies des axes routiers, en analysant des résultats de plusieurs études sur l’air intérieur (qui concentre les COV issus de produits de consommation), ainsi que des résultats de laboratoire.

38% des COV urbains

Résultat: 38% des COV mesurés à Los Angeles seraient issus de produits de consommation, contre 32% de carburants automobiles (diesel et essence), 14% d’émissions en amont (dont les raffineries), et 15% d’origine industrielle. Une analyse de ces divers COV montre qu’en termes de potentiel de formation de particules fines, la part de ceux issus des produits de consommation s’élèverait à 42%, contre 36% pour les carburants.

Des produits «conçus pour s’évaporer»

Pourtant, cette chimie du quotidien n’accapare qu’environ un 15ème de l’ensemble du pétrole et du gaz écoulés aux Etats-Unis en 2012, montre l’étude. Certes, mais leurs émissions ne sont entravées par rien: «l’essence est stockée dans des conteneurs clos, étanches, et les COV qu’ils émettent sont pour la plupart brûlés. A l’inverse, les produits chimiques volatiles utilisés dans des solvants, ou des produits d’hygiène et de soins, sont au contraire conçus pour s’évaporer», explique Natacha Gilman, du laboratoire de recherche sur les sciences de la Terre à Boulder, co-auteure de l’étude.

Revoir les mesures antipollution

Or si les mesures antipollution mettent  l’accent sur l’automobile, bien peu de choses sont faites pour réduire ces émissions. «Remettre la priorité sur ces COV, qui présentent un plus grand potentiel de formation d’aérosols -par exemple en reformulant les produits de consommation- pourrait constituer une option. L’industrie a jusqu’alors été laissée à l’écart de ces efforts de contrôle des COV, mais dans un avenir donnant plus de place aux véhicules électriques, il faudra leur accorder plus d’attention», estime Alastair Lewis, du Centre national de science atmosphérique à l’université de York (Royaume-Uni), dans un éditorial.



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