Air: les mauvais comptes de la pollution atmosphérique

Le 15 novembre 2016 par Marine Jobert
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La pollution de l'air, prochain scandale mondiale?
La pollution de l'air, prochain scandale mondiale?
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Effroyablement coûteuse en vies humaines, en souffrance et en deniers, la question de la pollution de l’air diffuse dans les milieux économiques et politiques. Extraits d’échanges captés lors des ‘Respirations’.

«On ne va pas aller jusqu’à prendre des anti-coagulants pendant les pics de pollution?!». Le micro en main, Bruno Housset tente un trait d’humour noir. Car ce chef du service de pneumologie et de pathologie professionnelle à l’hôpital intercommunal de Créteil, qui modère l’une des tables rondes des deuxièmes ‘Respirations’ (tenues ce 15 novembre à la Cité de la mode et du design de Paris), vient d’essuyer un déluge d’informations inquiétantes sur les conséquences sanitaires de la pollution atmosphérique. A l’écart des voitures électriques et des purificateurs d’air intérieur qui peuplent la «révolution de l’air potable» proclamée par ce forum hétéroclite, plusieurs scientifiques dressent un portrait noir de la «soupe solide» que nous respirons.

Toxiques feux de bois

Leucémie, diabète, obésité, maladies cardio-vasculaires, Parkinson, démence… «Les effets à long terme des polluants atmosphériques sont nombreux, même à des niveaux de pollution peu importants, à cause de l’inflammation chronique qui s’installe», détaille Isabella Annesi-Maesano, épidémiologiste à l’Inserm[1]. Le changement climatique, en déplaçant des végétaux et en allongeant les durées d’émission de leurs pollens, accroît les épisodes allergiques et augmente les populations sensibles. Vit-on mieux à la ville qu’à la campagne? «Les doses sont peut-être plus faibles à la campagne, concède Armelle Baeza-Squiban. Mais les molécules différent d’un endroit à l’autre, avec des toxicités équivalentes.» Le chauffage à bois et ses émissions de particules fines est habillé pour l’hiver par tous les participants.

6 à 9 millions de morts en 2050?

Avant eux, Patrice Geoffron, professeur d’économie à Paris-Dauphine, est venu rappeler que le coût de la dégradation de la qualité de l’air avait été évalué à 100 milliards d’euros par an par le Sénat. «Soit exactement la somme à laquelle certains candidats déclarés à la présidentielle se sont engagés pour diminuer les dépenses publiques, souligne-t-il, railleur. L’amélioration de la santé, de la productivité dans les entreprises et pour l’agriculture sont des thèmes qui mériteraient d’être inscrits dans les programmes politiques.» Elisa Lanzi, économiste, a enfoncé le clou pour le compte de l’OCDE[2], rappelant qu’en cas d’immobilisme sur le sujet, entre 6 et 9 millions de personnes mourront chaque année des conséquences de la pollution atmosphérique dans le monde en 2050. Avec des coûts associés à la mortalité et aux souffrances oscillant entre 18 et 25 milliards de dollars et des baisses de 1 à 3% du PIB mondial.

25% d’enfants parisiens asthmatiques

Messager d’Anne Hidalgo, encore en plein service ‘après-vente politique’ de la piétonisation des voies sur berges parisiennes (validée le 15 novembre par le tribunal administratif de Paris), son adjoint chargé de la santé Bernard Jomier concède que «les arbitrages politiques ne se font pas souvent au profit de la santé publique», mais au profit d’intérêts économiques. «Or une partie du monde économique n’a pas fait le chemin de cette prise de conscience des enjeux de santé publique», y compris dans la capitale, où entre un quart et un cinquième des enfants présentent des manifestations asthmatiques. A la tribune montera plus tard Chantal Jouanno, pour notamment déclarer la guerre aux bus du tourisme. Et mettre sur la table un sujet de santé publique rarement évoqué: le bruit.

Guerre aux deux-roues

«On pense toujours aux murs anti-bruit, qui sont des investissements lourds et coûtent des milliards que personne ne veut assumer, explique la vice-présidente de la région Ile-de-France. Mais il existe des solutions comme les véhicules électriques ou les nouveaux bitumes.» Des réponses classiques. Mais le meilleur est à venir: «Il va falloir s’attaquer à la question des deux-roues, du bruit et de leur pollution. On dit qu’il y a moins de voitures, mais il y a plus de deux-roues, insiste l’élue chargée de l’écologie et du développement durable, qui annonce que le sujet ne va pas tarder à être mis à l’ordre du jour à la Région. Il faut donner un cap, dire ce qui ne va pas, apporter des solutions pour améliorer les nuisances, il y a des solutions!» Dans le désordre: le plan Santé Environnement -en lien avec l’Etat-, le levier des transports publics, les aides aux entreprise ou à la rénovation des bâtiments. «On peut, en tant que Région, contribuer à la lutte contre les nuisances sonores», assure la sénatrice de Paris. Et de suggérer que la Cour des comptes se penche sur la lutte contre le bruit, dans la lignée de son travail sur la pollution de l’air. «Il faut reprendre le sujet à la base et l’envisager de manière transversale», conclut-elle.

 



[1] Inserm: Institut national de la santé et de la recherche médicale

[2] OCDE: Organisation de coopération et de développement économiques

 



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