Air intérieur: les moisissures, un fléau méconnu

Le 24 août 2016 par Marine Jobert
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Des moisissures dans 14 à 20% des logements.
Des moisissures dans 14 à 20% des logements.
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Ces champignons s’épanouissent dans près d’un logement sur cinq, causant asthme et rhinites. Sans que le grand public, les professionnels ou la réglementation ne s’en préoccupent vraiment. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) émet quantité de recommandations pratiques.

Ils sont des millions à affectionner les faux plafonds obscurs et les papiers peints humides. Désignés sous le terme de ‘moisissures’, ces champignons ont investi entre 14 et 20% des logements métropolitains[1], estime l’Anses dans un rapport consacré au renforcement de la prévention contre le développement des moisissures dans les bâtiments et leurs conséquences sur la santé des populations. Une expertise qui s’est également penchée sur les établissements recevant du public (ERP) visés par la surveillance de la qualité de l’air intérieur, en priorité ceux qui accueillent des enfants et les établissements d'enseignement.

Santé publique en jeu

Qualifiée «d’enjeu majeur de santé publique», l’exposition aux moisissures est, à l’instar de l’air intérieur en général, méconnue des particuliers et peu prise en compte par les politiques publiques. C’est pourquoi l’Anses préconise un panel de mesures concrètes pour évaluer, prévenir et remédier à ce fléau, qui touche en particulier des populations sensibles physiquement ou socialement.

Populations sensibles

Le panel des populations à risques est assez large, rappelle l’Anses. On y trouve évidemment les patients immunodéprimés ou très âgés, mais également toute la cohorte des enfants et des adultes atteints de pathologies ou symptômes respiratoires chroniques (notamment asthme ou rhinite). Les enfants dès la naissance sont également à protéger. Sans compter ceux qui vivent en précarité énergétique ou en sur-occupation, avec une ventilation, une isolation ou un chauffage inefficaces ou déficients. De façon plus générale, «il n’est pas possible en l’état actuel des connaissances de définir un seuil sanitaire en-dessous duquel aucun effet sur la santé n’est attendu pour la population générale», estime l’agence.

Où en sont les techniques de mesure des moisissures? Il existe des normes internationales récentes en termes de prélèvements d’air, de surface et de matériaux ainsi que de dénombrement par culture, mais elles sont loin d’être systématisées. Quant aux méthodes pour évaluer la contamination fongique, bien qu’en constantes améliorations, elles ne font pas l’objet d’un consensus, ce qui nuit à la production de données.

Normes à améliorer

Les professionnels du bâtiment[2] sont sous-informés, non seulement dans la prise en compte du problème vis-à-vis de leurs clients, mais aussi pour eux-mêmes, alors qu’ils courent eux aussi des risque sanitaires. L’Anses recommande d’intégrer par exemple dans la prochaine réglementation thermique (RT 2020) le contrôle systématique du fonctionnement des systèmes de ventilation; d’ajouter une déclaration concernant la présence ou non de moisissures dans les certificats énergétiques exigés dans les transactions immobilières; ou encore de rendre obligatoire, avant leur mise sur le marché en s’appuyant sur les normes existantes, l’évaluation de la vulnérabilité des matériaux de construction vis-à-vis du développement de moisissures. «Une vigilance est nécessaire pour ne pas inciter les industriels à avoir recours à des produits biocides», précise toutefois l’Agence. Puisque les diagnostics sont rarement suivis de travaux, faute de professionnels compétents ou de propriétaires motivés, l’Anses recommande de mettre en place des aides financières pour favoriser leur réalisation.

Les moisissures produisent des spores qui, une fois libérées, se retrouvent principalement en suspension dans l’air et assurent la dispersion des moisissures. Celles-ci sont capables de synthétiser des substances chimiques (mycotoxines, composés organiques volatils microbiens (COVm)) qui sont contenues dans les spores ou libérées directement dans l’air.

Signalement en mairie

Par ailleurs, la gestion ‘à la française’ de l’habitat dégradé se limite le plus souvent à des inspections visuelles, par des professionnels dont les compétences sont jugées «hétérogènes ou insuffisantes». Les responsabilités des différents intervenants gagneraient à être clarifiées dans ce secteur et les dispositifs réglementaires existants distinguant l’habitat insalubre, indigne et indécent devraient inclure une gestion harmonisée et explicite des moisissures. Il serait nécessaire que les occupants aient un interlocuteur unique pour le signalement de la contamination fongique de leur logement, en priorité les populations à risque (par exemple par le biais de la mise à disposition d’une fiche de signalement standardisée en mairie ou une interface en ligne). Enfin, une formation des professionnels de santé et des acteurs sociaux pourrait être proposée afin de les sensibiliser sur leur rôle dans le repérage, le signalement et la prise en charge, notamment pour les personnes surexposées du fait de caractéristiques socio-économiques défavorables.

 



[1] La situation en Outre-mer devra, en raison de la nature de l’habitat et des problématiques fongiques en jeu, faire l’objet d’une expertise spécifique ultérieure.

[2] Des industriels aux ingénieurs, en passant par les architectes, les bureaux d’études techniques, les entreprises, les maitres d’œuvre et d’ouvrage, ou les artisans.

 



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