Air: Ella, 1ère victime officielle de la pollution atmosphérique en Europe?

Le 16 janvier 2019 par Marine Jobert
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Ella Kissi-Debrah, sur une photo scolaire.
Ella Kissi-Debrah, sur une photo scolaire.
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Elle s’appelait Ella Kissi-Debrah. A 9 ans, cette petite Londonienne a succombé à une énième crise d’asthme en février 2013. La faute à qui? Six ans après sa mort, sa mère se bat pour que soient établies les raisons pour lesquelles sa fille a enchaîné les allers-retours à l’hôpital. Le procureur général vient d’entrouvrir la porte à un réexamen de son cas.

En trois ans, Ella Kissi-Debrah aura été hospitalisée pas moins de 27 fois pour des crises d’asthme. Le procureur général vient d’autoriser l’ouverture d’une enquête, qui pourrait permettre à la mère d’Ella d’accéder à la Haute Cour. «Nous sommes extrêmement soulagés que le procureur général ait accepté notre demande et le combat continue maintenant, a réagi sa mère. Ce n'est que le premier obstacle que nous avons surmonté. Nous devons convaincre la Haute Cour d’annuler l’enquête initiale concernant Ella et d’en ordonner une nouvelle.» Car les premières constations avaient fait état d’une insuffisance respiratoire aigüe et d’un asthme sévère. Et n’avaient pas mis en cause la pollution atmosphérique, très élevée autour du domicile de l’enfant.

Pollution, facteur causal

C’est le rapport, l’an passé, de Stephen Holgate, un professeur en immunopharmacologie, qui a donné corps à la requête entreprise par la mère d’Ella. Il y notait une «association frappante» entre les pics de pollution au-delà des normes légales autour de son domicile et les crises d’asthme à répétition de la petite fille. «L'aggravation dramatique de son asthme liée aux épisodes de pollution de l'air expliquerait en grande partie le moment de ses exacerbations au cours de ses 4 dernières années», indiquent les documents produits par la famille. Stephen Holgate estimait également que, «selon toute probabilité, sans niveaux de pollution atmosphérique illégaux, Ella ne serait pas morte». Selon lui, les niveaux de dioxyde d’azote autour du domicile de l’enfant étaient systématiquement supérieurs à la limite légale de 40 microgrammes par mètre cube. Il avait conclu «fermement» que le certificat de décès d’Ella devrait refléter la pollution de l’air en tant que facteur causal. Une première juridique. «[L’enquête] (…) obligera le gouvernement et d'autres organismes à rendre compte de leurs actions et, à bien des égards, de leur inaction en matière de pollution de l'air au cours de cette période», a déclaré Jocelyn Cockburn, associée du cabinet d’avocats Hodge Jones & Allen, qui représente la mère d’Ella Kissi-Debrah.

Une audience en France en 2019

En France, une première audience devrait se tenir en 2019 devant le tribunal administratif de Paris, dans le dossier de Clotilde Nonnez, professeure de yoga parisienne qui avait la première porté plainte contre l’Etat français en juin 2017 pour carence fautive. Bronchite, pneumopathie, asthme, péricardite… Son exposition quotidienne, depuis 1979, à la pollution atmosphérique francilienne a été «un facteur déterminant, tant dans le déclenchement que dans l’aggravation de ses maux», estimait alors son avocat François Lafforgue. Dans la plainte, il était reproché aux autorités publiques d’avoir édicté une réglementation non adaptée, de l’avoir mal appliquée et de violer le droit à vivre dans un environnement sain avec un air de qualité.



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