Air: des brumes de sable délétères pour les fœtus guadeloupéens?

Le 29 mai 2017 par Marine Jobert
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Le foetus vulnérable face aux pollutions atmosphériques.
Le foetus vulnérable face aux pollutions atmosphériques.
DR

Alors que la Guadeloupe sort d’un épisode de pollution aux particules fines, une étude est en cours pour établir s’il existe un lien entre l’exposition des femmes enceintes aux brumes de sable qui survolent régulièrement l’île et une prévalence élevée de naissances prématurées et de petits poids à la naissance.

Un ciel brumeux. Les voitures qui se couvrent d’un film jaune. Voilà à quoi ressemble un épisode de brumes de sable comme celui que la Guadeloupe vient de traverser, comme chaque année d’avril à octobre. Associés à la combustion d’énergie fossile, aux émissions des moyens de transport et des activités industrielles, ces mélanges de terre et d’argiles venus d’Afrique ont affolé le capteur de la station de Baie-Mahault, qui a enregistré une concentration de 56,8 microgrammes par mètre cube (μg/m3) en particules fines le 25 mai dernier. Le niveau d’information et de recommandation a été activé par la préfecture, avant d’être levé pour la journée du 28.

Percer le mystère des brumes de sable

Si la Guadeloupe respire mieux grâce aux pluies qui ont lavé temporairement le ciel, la science continue d’explorer les conséquences sanitaires du phénomène. C’est notamment le cas du projet de recherche BrumiSaTerre[1], que l’Anses[2] finance dans le cadre de l'appel à projets 2016 du Programme national de recherche Environnement Santé Travail. Enjeu: vérifier le lien entre les taux élevés d’issues défavorables de grossesse en grande partie non expliqués constatés à Grande-Terre et Basse-Terre et l'exposition des femmes enceintes à ces particules d’origine saharienne. Car si de nombreuses études se sont penchées sur les conséquences respiratoires et cardio-vasculaires de ces nuages qui traversent également le pourtour méditerranéen, peu ont exploré leurs conséquences en termes de croissance du fœtus et de développement du jeune enfant. Or de plus en plus de publications établissent des liens entre pollution atmosphérique et ces fameuses «issues défavorables de grossesse».

Prématurités et petits poids en grand nombre

«Il existe une prévalence élevée de petits poids de naissance, de prématurité et de retards de croissance intra-utérins en Guadeloupe, pour laquelle on n’a pas d’explication très claire», explique Philippe Quénel, le coordinateur scientifique de BrumiSaTerre. Grâce à la cohorte ‘Timoun’ de 1.068 mères constituée entre 2001 et 2007 dans le cadre de recherches menées sur les effets de l’insecticide chlordécone (très employé dans les plantations de bananes), les chercheurs sont en train de reconstituer rétrospectivement les expositions des femmes aux brumes de sable lors des 9 mois de leur grossesse. Faute de données suffisantes au sol à l’époque, ce sont des images fournies par un satellite de la Nasa qui leur permettra d’évaluer la densité de particules fines. Et ce dans le but d’établir si «les femmes qui ont été exposées le plus souvent et le plus intensément aux brumes de sable montrent une fréquence de problèmes plus élevée que les autres», détaille Philippe Quénel. D’autres données, relatives à la composition minéralogiques, chimique et biologique de ces particules sont également en cours de collecte. Va-t-on trouver des moisissures ou des bactéries? Quelles réactions chimiques ont-elles lieu pendant le transport au-dessus de l’Atlantique et avec la pollution urbaine?

Limiter l’exposition à l’inéluctable

Et que faire si le lien est établi entre ces épisodes naturels inéluctables et les conséquences sur la vie fœtale? «C’est important de dimensionner le problème en termes de santé publique et d’en quantifier les effets. Mais il n’y aura pas grand-chose d’autre à faire que d’essayer de limiter les expositions lors de ces épisodes», conclut le chercheur.



[1] Une étude menée en collaboration avec GWAD'AIR (l'association agréée de surveillance de la qualité de l'air en Guadeloupe), l’institut Pasteur Guadeloupe, l’Inserm et le Laboratoire d'étude et de recherche en environnement et santé (Leres) à Rennes.

[2] Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail

 

 



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