Air: 90 pesticides à la loupe

Le 20 octobre 2017 par Marine Jobert
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Des mesures seront menées près des zones agricoles.
Des mesures seront menées près des zones agricoles.
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L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a publié la liste de 90 molécules pesticides, dont la présence est avérée dans l’air des villes et des campagnes françaises, qu’elle préconise de suivre. Une première étape dans la (lente) mise en œuvre d’une stratégie de surveillance nationale, alors que la part de l’exposition aérienne, bien qu’avérée, reste une terre inconnue.

Voilà 10 ans qu’elles en cherchent et 10 ans qu’elles en trouvent: les associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (Aasqa) ont été pionnières pour révéler la présence de nombreux pesticides dans l’air des campagnes comme des villes, d’Atmo Picardie à Lig’Air (région Centre) en passant par l’ex-Air Rhône-Alpes et Airparif. Des données collectées sans méthodologie et métrologie harmonisées, faute de cadre réglementaire, ce qui faisait des pesticides l’angle mort de la pollution de l’air. Trois ans après avoir été saisie par les ministères en charge de l'agriculture, de l'écologie, de la santé et du travail, et alors que le plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (Prepa) pour la période 2017-2021 prévoit d'évaluer et de réduire la présence des produits phytopharmaceutiques dans l'air, l’Anses vient de publier les résultats de travaux d'expertise collective; ceux-ci visent à proposer les modalités de mise en œuvre d’une surveillance nationale des pesticides dans l'air ambiant en France métropolitaine et dans les départements et régions d'outre-mer (DROM).

Certaines sont interdits depuis des années (comme le lindane), d’autres font l’objet d’âpres controverses (glyphosate, fipronil, dicamba, chlordécone), mais les 90 substances actives qui vont être recherchées ont toutes été un jour autorisées en France ou retrouvées lors de campagnes de mesure menées par des Aasqa. Les co-formulants, les adjuvants et les produits de transformation n’ont pas été pris en compte, par manque de connaissance. Des investigations supplémentaires à leur sujet sont nécessaire, pointe l’Anses.

Des champs aux aéroports

Soit une liste de 90 substances (voir encadré) prioritaires et hautement prioritaires (sur 420 jugées pertinentes au départ), concernant aussi bien les pesticides agricoles que certains biocides, médicaments vétérinaires et antiparasitaires à usage humain (dont certains peuvent être interdits aujourd’hui mais persistants dans l’environnement). Cette surveillance nationale chercher à répondre, dans un premier temps, à deux questions. Quelle est la part attribuable à l’air inhalé dans l’exposition de la population générale aux pesticides? A quoi sont exactement exposés les riverains de zones agricoles[1], gares et aéroports, zones industrielles, silos, ou de zones où la lutte anti-vectorielle est mise en œuvre? Des campagnes particulières auprès de ces populations vont être menées.

Peau et poumon

Pour mener une campagne exploratoire, un protocole va être défini par le laboratoire central de la surveillance de la qualité de l'air (LCSQA), en lien avec plusieurs Aasqa, sur la base de tests métrologiques qu’il conduit actuellement et des recommandations de l’Agence. Une élaboration complexe car, par exemple, les contaminations par les pesticides ont lieu tant par la respiration que par un contact direct avec la peau et les muqueuses (notamment après aspersion). «Selon la voie considérée, les informations nécessaires pour évaluer l’exposition de manière pertinente peuvent différer. Les choix métrologiques doivent donc être adaptés en conséquence», prévient l’Anses. Un premier retour d'expérience sera établi, au regard des critères de faisabilité et de pertinence de la méthode qui a été proposée, concernant le choix des molécules prioritaires, les situations d'exposition à considérer et les critères définis pour la classification et la sélection des sites. C’est là seulement que sera définie la stratégie de surveillance nationale à mettre en œuvre. Aucun calendrier n’a été annoncé.

Nouvelle mandature, mêmes interrogations? Une mission d’information sur les pesticides va voir le jour à l’Assemblée nationale, ont annoncé des députés issus des commissions affaires économiques, sociales et développement durable. Parmi eux, Matthieu Orphelin, ex-bras droit de Nicolas Hulot dans sa fondation, Jean-Baptiste Moreau (agriculteur de son état), ou Marie Tamarelle-Verhaeghe (médecin dans le civil), ainsi que l'ex-ministre socialiste de l’environnement Delphine Batho, rapporte Ouest-France. En octobre 2012, deux sénatrices rendaient un rapport à charge contre les pesticides.

 



[1] Outre une étude pour déterminer si les cancers pédiatriques sont plus nombreux dans les régions viticoles, l’Anses est partenaire de Santé publique France pour étudier l’exposition des riverains de zones agricoles. Des mesures environnementales seront couplées à des mesures d’imprégnation dans des milieux biologiques humains (urine, cheveux...).

 



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