Agroforesterie: après les preuves, la nécessité d’une accélération

Le 20 mai 2019 par Romain Loury
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Une culture d'orge parsemée de peupliers
Une culture d'orge parsemée de peupliers
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Si l’agroforesterie n’a plus à faire ses preuves, il lui manque encore, pour un vrai décollage, plus d’actions de sensibilisation et de formation auprès des agriculteurs, ont estimé lundi 20 mai plusieurs experts, lors du lancement du 4e congrès mondial d’agroforesterie, qui se tient à Montpellier jusqu’au mercredi 22 mai.

Piste agro-écologique parmi les plus souvent citées, avec les semis directs (sans travail du sol) et le couvert végétal, l’agroforesterie consiste à planter des arbres en bordure (ou à l’intérieur) d’un champ agricole (ou d’un pâturage). Elle permet d’accroître la richesse organique du sol et la biodiversité, avec des bénéfices sur la production, tout en limitant fortement l’utilisation d’intrants.

Du 20 au 22 mai, elle fait l’objet du 4e congrès mondial d’agroforesterie, pour la première fois organisé en Europe, en l’occurrence à Montpellier. Réputée pour sa recherche agronomique, la ville héberge la plus importante station de recherche en agroforesterie d’Europe, à savoir le site de Restinclières (50 hectares), exploité par le centre Inra[i] Occitanie-Montpellier.

Climat, biodiversité, productivité…

Pour Emmanuel Torquebiau, directeur de recherche au centre Cirad[ii] de Montpellier et président du comité d’organisation du congrès, l’agroforesterie «permet d’atténuer le changement climatique, du fait que les arbres stockent beaucoup de carbone (y compris dans le sol), c’est autant de carbone qui ne va pas dans l’atmosphère. Les arbres confèrent aussi une couverture permanente aux parcelles, ce qui crée un microclimat qui atténue l’effet des sécheresses et des pluies abondantes: l’agroforesterie constitue donc une adaptation face au changement climatique».

Côté biodiversité, «les arbres attirent un grand nombre d’espèces utiles et naturelles, qui sont bénéfiques au fonctionnement des systèmes agricoles», ajoute le chercheur. Par ailleurs, l’agroforesterie permet d’«augmenter les revenus des agriculteurs», qui peuvent tirer parti du bois ou des fruits produits par les arbres.

Un plan français lancé fin 2015

En décembre 2015, la France s’est dotée d’un plan de développement de l’agroforesterie, après que deux rapports–l’un du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espace ruraux (CGAAER), l’autre de l’Association française d’agroforesterie (AFAF)– l’incitaient à accroître la voilure. Si le plan a été salué lors de sa sortie, certains craignaient un manque de moyens financiers et humains.

Interrogé à ce sujet, Christian Dupraz, directeur de recherche au centre Inra de Montpellier et président du conseil scientifique du congrès, se dit «plutôt optimiste», et même «plutôt impressionné par l’efficacité» du plan. Entre autres succès, il évoque l’enseignement de l’agroforesterie dans les lycées agricoles, de nombreuses actions de sensibilisation, ou encore la naissance d’un réseau mixte technologique (RMT) Agroforesteries, fédérant unités de recherche, chambres d’agriculture, associations, etc.

«Le mouvement est lancé», estime-t-il, même si certaines régions, en particulier les Pays de la Loire, la Picardie, la Normandie, sont «beaucoup plus actives que d’autres». Interrogé par le JDLE sur la surface française cultivée en agroforesterie, Christian Dupraz l’estime à «quelques dizaines de milliers d’hectares pour l’agroforesterie moderne, et quelques centaines de milliers d’hectares pour l’agroforesterie traditionnelle, du type haies et bocages». Pour la première, il estime la progression entre «3.000 et 4.000 hectares par an». Pour rappel, la surface cultivée en France couvre environ 29 millions d’hectares.

Des besoins criants en sensibilisation et formation

Contacté par le JDLE, Alain Canet, président de l’AFAF, estime qu’«on a beaucoup avancé [grâce au plan lancé en 2015, ndlr], mais on va cruellement manquer de moyens. Notamment humains, en particulier pour la sensibilisation et la formation. Il nous faudrait plusieurs conseillers en agroforesterie par région, nous en sommes encore loin». «Il faut mettre un grand coup d’accélérateur: le couvert végétal et l’agroforesterie sont désormais considérés par tout le monde comme les deux piliers de l’agro-écologie, il nous reste à passer à l’échelle», juge-t-il.

Au niveau mondial, 42% des sols agricoles de la planète comptent au moins 10% de couverture arborée. Un chiffre en progression, en particulier dans les pays qui souffrent le plus du changement climatique, souligne Patrick Worms, président de la Fédération européenne d’agroforesterie (EURAF). «La prise de conscience de l’intérêt pour l’agroforesterie coïncide avec celui du changement climatique, au début des années 2000», observe Emmanuel Torquebiau.

Dans l’Union européenne, l’étude AGFORWARD, publiée en 2016, a révélé que 9% de la surface agricole était cultivée en agroforesterie, dont l’immense majorité provient de l’élevage. Interrogés à ce sujet, les experts ont reconnu que ces chiffres s’expliquaient, en grande partie, par les élevages de cochons élevés au milieu des chênes du sud de l’Espagne, ainsi que par ceux de rennes en Scandinavie.



[i] Institut national de la recherche agronomique

[ii] Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement

 



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