Agroécologie: le désir balbutiant des agriculteurs

Le 13 avril 2016 par Marine Jobert
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Une adventice, une mauvaise herbe ou un coquelicot?
Une adventice, une mauvaise herbe ou un coquelicot?
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Une étude de l’institut BVA pour le compte du ministère de l’agriculture montre que l’agro-écologie chère à Stéphane Le Foll peine à se faire une place auprès du tracteur et dans les étables de France.

Quelle est la perception qu’ont les agriculteurs de cette agro-écologie dont on parle tant (et en des termes parfois contrastés)? Une étude réalisée pour la deuxième année consécutive par l’institut BVA pour le compte du ministère de l’agriculture auprès de 800 agriculteurs exerçant différentes activités[1], donne un aperçu de la façon dont les premiers concernés s’emparent –ou non- de ce concept si cher à Stéphane Le Foll. Celui-ci vient d’ailleurs d’annoncer la tenue d’une ‘Nuit de l’agro-écologie’, le 23 juin prochain.

Pesticides en hausse

Sans que l’on puisse établir avec certitude un lien quelconque avec les incitations ministérielles, 73% des agriculteurs interrogés affirment s’être engagés dans au moins trois des démarches recommandées par le projet agro-écologique pour la France. Malaise: la première démarche citée par les trois quarts des sondés -la limitation des intrants- résiste mal à l’épreuve des faits, puisque le plan Ecophyto I présenté en mars 2016 fait état d’une nouvelle hausse du recours aux pesticides (+9,4% entre 2013 et 2014). Vient ensuite, pour 72% des sondés, l’amélioration de la qualité des sols, pour limiter l’érosion et la préservation des ressources en eau (62%).

3% pour le bio

L’envie d’aller au-delà de cette première expérience est présente chez un tiers d’entre eux –et notamment chez les moins de 40 ans-, les autres se déclarant imperméables à l’idée d’aller plus loin. Les plus volontaires veulent poursuivre leurs efforts pour réduire les pesticides, pour améliorer le sol et rechercher plus d’autonomie (sans que l’on sache par rapport à qui ou à quoi). Les objectifs de favoriser la faune auxiliaire (12%), de passer en bio (3%), de limiter la pollution (1%) ou de produire son énergie (1%) régressent par rapport à l’année précédente.

Information par la presse

Qu’est-ce qui les retient de sauter le pas? Les contraintes réglementaires et économiques, les investissements financiers nécessaires et la charge de travail. Le manque de connaissances (7%) ou les contraintes naturelles (6%) ne semblent pas représenter des freins majeurs pour la plupart. Un manque d’information peut-être aussi… La presse spécialisée agricole a bien relayé les messages ministériels: elle est le principal vecteur d’information sur l’agro-écologie (pour 67% des sondés qui s’y intéressent), loin devant les coopératives (17%), les syndicats agricoles (12%) ou les élus (5%). Résultat: 4 sondés sur 5 disent en avoir entendu parler (contre 1 sur 2 l’an passé).

Préserver l’environnement

Ceux qui sont déjà entrés en agro-écologie citent volontiers comme moteurs la préservation de l’environnement (69% au global) et les raisons éthiques ou la conviction personnelle (36%), quand ceux qui aimeraient y venir évoquent la préservation de l’environnement (59%), l’amélioration de la performance économique (55%) et des raisons touchant la santé (51%). Travailler ensemble sur un projet d’agro-écologie n’attire pas les foules: 11% seulement se sont lancés (le chiffre augmente avec le diplôme et chez les plus jeunes).

GIEE inconnus

Alors que Stéphane Le Foll vient d’annoncer la création des 250 premiers groupements d'intérêt économique et environnemental (GIEE), les deux tiers des sondés se montrent hostiles à l’idée d’en intégrer un. Première raison invoquée: l’envie de rester autonome. Viennent ensuite la crainte de charges administratives excessives, le fait de ne pas en voir l’intérêt ou de ne pas connaître d’agriculteurs intéressés. Les outils de diagnostic ou de pilotage proposés par le ministère de l’agriculture remportent un succès plus que mitigé, ne serait-ce que parce que 87% n’en ont jamais entendu parler! L’avenir, les agriculteurs le voient main dans la main avec les distributeurs (coopératives ou négoces, à 26%), les chambres d’agriculture (23%) ou leurs collègues (14%); ceux-là même qui ne leur auront pas parlé jusqu’ici d’agro-écologie.

 



[1] Grandes cultures, polyculture/élevage, viticulture, arboriculture/maraîchage ou horticulture/pépiniériste

 



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