Agroécologie: comment mieux mobiliser les filières

Le 19 juin 2018 par Marine Jobert
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L'agroécologie, un concept à la mode et à mobiliser.
L'agroécologie, un concept à la mode et à mobiliser.
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Quatre ans après son inscription dans la loi, comment l’agro-écologie, pilier de l’agriculture française, a-t-elle infusé aux différents échelons? La Ferme France est-elle en ordre de marche pour «produire plus, avec moins»? Une évaluation stratégique fait le point sur la mobilisation des différentes filières impliquées (hors circuits courts), pour repérer les leviers qui pourraient permettre d'orienter les exploitations vers plus d'autonomie et de diversité.

 

Les auteurs[1] pointent en premier lieu la nécessité de mettre l’accent sur l’ingénierie économique, et de réfléchir à la place que la politique accorde à une stimulation des ‘grandes filières’ vs une entrée plus territoriale et davantage centrée sur les systèmes alimentaires territoriaux et les circuits courts. «Souhaite-t-on promouvoir une politique des petits pas et des innovations dans le champ de ‘l’efficience’ (amélioration progressive de standards de qualité environnementale), ou aller plus loin et organiser aussi une rupture et la re-conception à l’échelle des systèmes territoriaux et économiques?», s’interrogent-ils. Sur le fond, il paraît nécessaire d’organiser une économie de filières et de territoires favorisant la valorisation des régulations naturelles/biodiversité fonctionnelle, le recours à la diversification et à l’autonomie dans les exploitations. Certaines cultures, agro-écologiques ‘par nature’ car très peu consommatrices d’intrants de synthèse et intéressantes sur le plan des rotations et de l’équilibre des systèmes (comme le chanvre, la luzerne, le soja), devraient être désignées comme prioritaires dans les planifications et les stratégies régionales sur les ‘filières vertes’.

Définition: il s’agit d’une façon de concevoir des systèmes de production qui s’appuient sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes. L’agroécologie les amplifie tout en visant à diminuer les pressions sur l’environnement et à préserver les ressources naturelles. Il s’agit d’utiliser au maximum la nature comme facteur de production en maintenant ses capacités de renouvellement. C’est grâce à cette approche systémique que les résultats techniques et économiques peuvent être maintenus ou améliorés tout en améliorant les performances environnementales.

La triple performance en question

Les auteurs posent ainsi une question fondamentale: l’objectif de double (voire de triple) performance accolé à l’agro-écologie est-il «vraiment de produire plus pour alimenter des stratégies économiques de massification et d’export (‘nourrir le monde’), ou de mieux produire, en maintenant une réelle productivité?» Car ce n’est pas le consommateur, mais bien les acteurs économiques ou agricoles qui poussent à la seconde option.

Angle mort -pour le consommateur- de la production agricole, les céréales (dont les deux tiers sont destinées à l’alimentation animale) monteront-elles dans le train de l’agro-écologie? Les besoins de l’agriculture biologique, les CEPP, les exigences territoriales, mais plus structurellement les régulations des marchés, l’équilibre de la politique agricole commune (PAC) et les choix macro-économiques, conditionnent l’évolution de cette filière vers l’agro-écologie.

Argument commercial

La mission recommande ensuite d’afficher la couleur de l’agro-écologie sur l’étiquette, en valorisant l’origine de l’alimentation animale (alimentation locale, régionale, nationale), sa composition (alimentation à base d’OGM ou non, alimentation à base d’herbe…), modalités d’élevage des animaux (plein air, liberté, bâtiment…) ou culture des plantes (usage de produits de synthèse, biocontrôle, absence de résidus…). Des mentions territoriales pourraient entraîner une réelle relocalisation territoriale des productions et une diversification des bassins de production comme préalables à la transition agro-écologique des exploitations. Edicter un cahier des charges de l’agro-écologie? Non, pour ne pas rajouter de contraintes supplémentaires, concède la mission, mais une meilleure régulation de l’usage de la mention ‘agro-écologique’ devrait être envisagée dans une optique de cohérence des mentions valorisantes.

Normaliser l’agro-écologie

Enfin, la mission recommande d’insérer plus avant l’agro-écologie dans quantité de dispositifs déjà existants, que ce soit au plan financier (fonds du développement rural), dans les outils de planification (les plans de développement agricole et alimentaire régionaux, les plans régionaux d'agriculture durable (PRAD), les schémas régionaux de développement économique), les régulations et réglementations environnementale (comme les certificats d'économie de produits phytopharmaceutiques -CEPP), les autorisations de mise sur le marché de produits naturels (complexes et lentes à obtenir) ou les politiques sectorielles (qualité de l’eau, filières biologiques).

 


[1] Etude financée par le ministère de l'agriculture et de l'alimentation (MAA) et FranceAgriMer (FAM) et réalisée par Blezat Consulting et Epices (pour ‘Evaluer les politiques et innover pour les citoyens et les espaces’).

 



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