Agrocarburants : un sujet brûlant

Le 03 juin 2010 par Sabine Casalonga
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Alors que la France doit remettre à Bruxelles d’ici la fin du mois son plan d’action sur les énergies renouvelables, incluant la part dédiée aux agrocarburants, France nature environnement (FNE) a organisé un débat jeudi 3 juin sur le sujet complexe des risques sociaux et environnementaux liés à ces ENR .

 


10% d’énergies renouvelables (ENR) dans les transports d’ici à 2020. Tel est l’objectif fixé par la directive européenne de 2008. Au regard des faibles avancées des autres filières, la part des agrocombustibles pourrait y être prépondérante. Chaque Etat membre doit publier son plan d’action national en matière d’énergies renouvelables d’ici la fin du mois de juin 2010. « Nous nous interrogeons sur la part que le gouvernement français va affecter aux agrocarburants et comment les décideurs vont traiter la question du changement d’affectation des sols (CAS) », souligne Michel Dubromel responsable du réseau Transports et mobilité durables de FNE.

 

Les environnementalistes sont inquiets car la majorité des études conduites jusqu’à présent, démontrent un bilan environnemental des biocarburants très médiocre, voire carrément mauvais quand la déforestation entre en jeu. Le récent rapport de l’Ademe  a démontré que le bilan carbone des agrocarburants était positif par rapport aux carburants fossiles, seulement si le CAS n’était pas pris en compte. Selon une étude de la Commission européenne, le besoin en terres supplémentaires s’élèverait à 5,2 millions d’hectares, soit l’équivalent de la surface des Pays-Bas, pour répondre à l’objectif européen. « Les investisseurs ont commencé à investir dans des terres des pays du sud qui entrent en compétition avec les terres à usage familial ou des forêts. La seule solution est un moratoire sur les agrocarburants », a souligné l’intervenant d’une ONG.

 

  Or, les critères de durabilité censés garantir leur impact environnemental, climatique et social positif des agrocarburants, tels qu’ils sont actuellement définis par la Commission européenne ne prennent en compte que les effets directs en interdisant la biomasse issue de terres prises sur la forêt.

 

La Commission devrait néanmoins publier, d’ici à la fin de l’année, un autre rapport prenant en compte les effets indirects c'est-à-dire l’affectation de terres agricoles existantes à la culture d’agrocarburants. Réclamé par plusieurs associations, dont le Bureau européen de l’environnement (BEE) qui fédère plus de 140 ONG, ce rapport leur a été réfusé par Bruxelles. « Fait très rare, nous avons engagé un recours devant la Cour européenne de justice », a indiqué Michel Dubromel. Selon lui, le rapport n’aurait pas permis de démontrer la durabilité des agrocarburants. « Nous devons exiger que ces critères de durabilité soient appliqués sur l’ensemble de la filière des agrocarburants et non pas seulement sur les filières locales », ajoute Claudine Joly de FNE.

 

Les filières hexagonales de biocarburants pourraient être les premières bénéficiaires des critères européens. « On ne pourra plus qu’utiliser les ‘bons agrocarburants’ qui présentent un bon bilan carbone mais aussi une bonne utilisation de leurs co-produits », affirme Elisabeth Jaskulke, directrice développement durable de Sofiproteol, chef de file de la filière française des huiles et protéines végétales. « Notre filière   a la capacité d’atteindre l’objectif de 10% de biodiesel dans le gazole », indique-t-elle.

 

Tous les intervenants ont souligné que la question du CAS était un sujet extrêmement complexe qui ne concerne pas seulement les agrocarburants mais aussi les questions d'alimentation. « Nourrir 9 milliards d'habitants d'ici à 2050 sans faire de déforestation sera un énorme défi à relever», souligne Tim Searchinger, de l'université de Princeton.

 

L’Ademe s’est engagée à poursuivre ses travaux. « Une étude de l’état de l’art sur les outils et méthodes de mesure du CAS sera lancée dès 2010 tandis qu’un un programme de recherche à plus long terme sera également mis en place», a expliqué Jérôme Mousset chef du service agriculture et forêt de l’Ademe.

 

 

 



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