Agrocarburants : la «ruée» sur l’Afrique sous-estimée ?

Le 30 août 2010 par Sabine Casalonga
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Le phénomène « d’accaparement » de terres en Afrique, pour la production d’agrocarburants et au détriment des populations locales, serait sous-estimé, selon un rapport des Amis de la terre publié ce jour.

Cette ruée sur l’Afrique dénoncée par l’ONG serait une conséquence de la politique de l’Union européenne (UE) sur les biocarburants. L’objectif de 10 % d’énergies renouvelables (ENR) dans les transports d’ici 2020 fixé par la directive ENR de 2009 sera en effet majoritairement atteint grâce aux agrocarburants. Une étude de la Commission européenne a estimé le besoin en terres supplémentaires à 5,2 millions d’hectares (ha).

Intitulé « Afrique : terre(s) de toutes les convoitises », le rapport des Amis de la terre indique que 4,5 millions d’ha de terres – soit la surface du Danemark – sont sur le point d’être acquis par des investisseurs étrangers dans 11 pays du continent, afin de produire des agrocarburants destinés essentiellement au marché européen. Cela représenterait près d’un tiers de la terre vendue ou achetée en Afrique.

La pratique d’accaparement des terres qui consiste à vendre ou à louer à des investisseurs extérieurs (entreprises ou gouvernements) des terres traditionnellement utilisées par les populations locales serait de plus en plus répandue.

 

Les Amis de la terre estiment que le phénomène serait largement sous-estimé : « comme les informations officielles publiques sur la dimension réelle de ce problème restent très rares, les chiffres disponibles ne reflètent que très partiellement la réalité ».

Au Kenya, des firmes auraient des projets de culture de biocarburants sur près de 500.000 ha. En Ethiopie, 700.000 ha seraient réservés à la culture de la canne à sucre (pour la production de bioéthanol). Au Mozambique, des investisseurs auraient en vue 4,8 millions d’ha et plus de 183.000 ha seraient déjà destinés à la culture du jatropha.

« Le rapport révèle à la fois comment les populations locales sont dépossédées de leurs terres et le peu de moyens dont elles disposent pour faire valoir leurs droits. Des zones de forêt et de végétation naturelle sont défrichées et les agrocarburants entrent en concurrence avec les cultures vivrières pour les terres cultivables », explique l’ONG dans son communiqué. Un rapport de la Banque mondiale non publié mais en partie divulgué par le Financial Times le 27 juillet dernier aurait confirmé cette tendance.

« Il est révoltant de voir les firmes européennes s’abattre sur l’Afrique comme un nuage de criquets, confisquant des millions d’hectares à des communautés déjà démunies, dans le seul but de faire rouler des autos et des camions en Europe », déclare Christian Berdot des Amis de la terre France.

Un récent rapport de l’Imperial College de Londres était toutefois parvenu à une conclusion différente, estimant que les biocarburants pouvaient se développer en Afrique sous certaines conditions sans porter préjudice à la production alimentaire (voir le JDLE du 26 juillet).

 

 



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