Agrocarburants: l'Ademe va modifier son rapport controversé

Le 12 novembre 2009 par Sabine Casalonga
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Colza
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La synthèse du rapport de l’Ademe sur le bilan environnemental des biocarburants, mise en ligne le 8 octobre, a été retirée le 2 novembre, suite aux vives critiques émises par les ONG, et aussi par le pétrolier Total. Une version modifiée sera bientôt publiée.

La réalisation d’une expertise exhaustive et contradictoire sur le bilan écologique et énergétique des agrocarburants de première génération était un des engagements du Grenelle de l’environnement. Cette expertise est très attendue par les associations de défense de l’environnement qui contestent le bien-fondé de ces énergies renouvelables et s’inquiètent de leurs impacts sur les terres agricoles.

Publiée début octobre par l’Ademe (1), la synthèse de l’étude (2) concluait à un bilan positif des agrocarburants consommés en France (bioéthanol, biodiesel, huiles végétales pures) en termes d’émissions de gaz à effet de serre (GES), mais plutôt négatif en termes d’impact sur la santé (3). Or, à cette date, le comité technique de l’étude, regroupant divers acteurs (industriels, ONG, instituts techniques…) n’avait pas encore rendu son avis sur le rapport. Les ONG France nature environnement (FNE) et le Réseau action climat (RAC), mais aussi le groupe Total, tous membres du comité, ont alors fait part de leurs critiques à l’Ademe, dénonçant des erreurs de méthodologie et de calculs. Vendredi 6 novembre, le comité technique n’a donc pas validé le rapport. La synthèse avait été retirée du site internet de l’Ademe quelques jours auparavant, remplacée par l’explication suivante: «A la lumière des réactions des membres du comité technique (…) le travail de l'Ademe, du comité technique et des experts (BioIS & Ecointesys - 4) se poursuit afin d'apporter les compléments nécessaires à l'étude et à sa revue critique.» A l'issue de ce travail, seront mis en ligne le rapport intégral, sa synthèse, la revue critique et les commentaires des membres du comité technique, précise l’Ademe. Interrogé par le quotidien en ligne Rue89, Pierre Clément, responsable médias de l’agence, justifie ainsi cette situation: «puisqu’on veut être neutre, on doit tenir compte de toutes les remarques. (…) on devra donc revoir la méthodologie, préciser les chiffres et donc le rapport sera retravaillé. Mais on sait d’avance que les conclusions seront proches».

De quoi s’agit-il? Le rapport a pour objet de réaliser une analyse du cycle de vie (ACV) des agrocarburants en s’appuyant sur les recommandations du référentiel finalisé en 2008. L’enjeu? Prouver que les biocarburants de première génération satisfont aux exigences de la directive sur les énergies renouvelables (5) qui fixe l’objectif de 10% d’ENR dans le secteur des transports d’ici 2020, sous réserve de critères de durabilité. La réduction des émissions de GES d’au moins 35% par rapport aux équivalents fossiles est un de ces critères. D’où la nécessité d’une ACV.

Or les détracteurs de l’étude estiment que les calculs du rapport ont été optimisés en faveur des agrocarburants, dans un contexte de promotion de ces filières en France. Le plan Biocarburants français prévoit l’incorporation de 7% de biocarburants en 2010, un objectif supérieur à celui de 5,75% fixé par la directive de 2003 (6). «Le rapport s’appuie sur des données fournies par les industriels de l’éthanol, très différentes de celles que l’on trouve dans la littérature scientifique, mais non vérifiables au nom du ‘secret industriel’», explique Lionel Vilain de FNE. Pour lui, il s’agirait plus d’un rapport politique que d’un rapport scientifique. Il critique en outre le fait que les impacts des changements d’affectation des sols n’aient pas été suffisamment pris en compte. Plus étonnant, le groupe Total, qui devrait recevoir 7 millions d’euros pour un projet d’expérimentation de biocarburants de deuxième génération [dont l’impact environnemental devrait être meilleur] a également émis des réserves sur la méthodologie et les calculs du rapport. Le rendement énergétique des carburants fossiles aurait été «minimisé» pour augmenter artificiellement celui des biocarburants, évoque une source. «L'Ademe a fait savoir que différents points seront revérifiés. Ce travail est en cours et Total y est associé», souligne un responsable de communication du groupe.

«L’Ademe doit tenir compte des critiques. Un nouveau rapport doit être soumis au comité technique début décembre», indique Lionel Vilain qui souhaite «un rapport sérieux, honnête et transparent». La Confédération paysanne estime, dans un communiqué du 10 novembre, que la publication de l'étude «n'interviendra vraisemblablement pas avant janvier 2010». Elle dénonce le fait que «les partisans de l'éthanol et du diester» continuent pourtant de s'appuyer sur la synthèse de l’Ademe pour influencer les débats sur le montant de la défiscalisation des agrocarburants dans le cadre du projet de loi de finances, examiné cette semaine par les députés.

(1) Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
(2) Synthèse de l’Ademe «Analyses de cycle de vie appliquées aux biocarburants de première génération consommés en France» (septembre 2009)
(3) Dans le JDLE «Démonstrateur Bio-T-Fuel: 33 millions d’euros pour les agrocarburants»
(4) Deux sociétés de conseil spécialisées en analyses de cycles de vie
(5) Directive 2009/28/CE
(6) Directive 2003/30/CE



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