Agriculture: une votation en Suisse sur la souveraineté alimentaire

Le 05 juillet 2016 par Marine Jobert
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La Suisse, terre agricole.
La Suisse, terre agricole.
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Une agriculture reposant sur la petite paysannerie, en première ligne pour l’approvisionnement de la population à l’échelon local. Voilà le programme d’une initiative populaire helvétique, qui devrait donner lieu à une votation citoyenne d’ici deux ans. Le Conseil fédéral rejette la démarche, jugée trop coûteuse.

D’ici deux ans, les Suisses devraient aller aux urnes pour décider d’opérer – ou non- une révolution constitutionnelle en matière d’alimentation. C’est le sens d’une initiative populaire consacrée à la souveraineté alimentaire qui propose, entre autres, que la Confédération «favorise une agriculture paysanne indigène rémunératrice et diversifiée, fournissant des denrées alimentaires saines et répondant aux attentes sociales et écologiques de la population.» Proposée par le syndicat agricole Uniterre, affilié au réseau international Via Campesina, cette initiative populaire a recueilli le nombre suffisant de paraphes de citoyens helvétiques pour faire l’objet d’une votation. Mais son succès reste très incertain.

Conseil fédéral opposé

Les Suisses sont indéniablement sensibles au lien entre agriculture et développement. Tout en répondant «aux exigences (…) du marché», la Constitution prévoit même en son article 104 que la Confédération, dans le cadre de son agriculture, «contribue substantiellement à la sécurité de l’approvisionnement de la population, à la conservation des ressources naturelles et à l’entretien du paysage rural, à l’occupation décentralisée du territoire.» Pour autant, le Conseil fédéral a refusé, le 22 juin 2016, son soutien à l’initiative populaire, «car celle-ci remettrait en question les acquis réalisés dans le cadre de la réforme agricole des 25 dernières années et affaiblirait la compétitivité et la capacité d’innovation du secteur agroalimentaire suisse.»

Approvisionnement local

«Cette tension entre une Constitution qui appelle à respecter l’environnement d’un côté et des politiques agricoles successives axées sur la dérégulation et le libéralisme, dans un contexte où 3 fermes disparaissent chaque jour en Suisse, nous oblige à mener cette démarche», explique Rudi Berli, l’un des membres du comité d’initiative, au Journal de l’Environnement. Car aujourd’hui, la Suisse a l’un des taux d’auto-approvisionnement les plus bas du continent, avec 50% des denrées consommées qui sont importées. «Nous proposons que la production indigène devienne ‘prépondérante’, c’est-à-dire que tout ce qui peut être produit localement le soit.» Le maraîcher genevois multiplie les exemples «absurdes» de ces camions débordants de luzerne en provenance de Pologne qui dévalent les vallées suisses «alors qu’on est un pays herbagé» ou de ces céréales certifiées ‘bio’ pour les pains Made in Switzerland dont l’essentiel provient…du Canada. «Il y a moyen de s’approvisionner de façon indigène à 100% sans problème!», assure celui qui approvisionne une ‘AMAP’ genevoise (qu’on appelle ici ‘ACP’ pour ‘Agriculture contractuelle de proximité’).

Conséquences économiques

Le Conseil fédéral reproche surtout à cette initiative de nécessiter des interventions étatiques dont l’application «nécessiterait soit des investissements financiers importants, ce qui ne serait pas sans conséquence pour les finances fédérales, soit une régulation étatique des prix, qui entraînerait des coûts supplémentaires pour les consommateurs et l’industrie alimentaire de transformation. De plus, elles auraient pour conséquence de nouvelles entraves au commerce.» «Pour eux, il n’existe pas d’autre alternative que le capitalisme mondialisé, regrette Rudi Berli. Le budget agricole est déjà conséquent: on pourrait l’affecter au maintien d’une agriculture paysanne, dont la disparition crée des problèmes sociaux et environnementaux.» Quant à une éventuelle fixation des prix par l’Etat, les pétitionnaires assurent ne pas en vouloir. «Nous demandons un appui pour créer des cadres juridiques qui permettent d’obtenir une juste rémunération et compenser les inégalité entre nous et les deux grandes enseignes [Migros et Coop] qui contrôlent 80% du marché suisse.»

 

 



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