Agriculture: un programme pour la bio, mais peu d’ambitions budgétaires

Le 26 juin 2018 par Marine Jobert
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15% de SAU en bio en 2022?
15% de SAU en bio en 2022?

Atteindre 15% de cultures en agriculture biologique en 2022, tout le monde s’en réjouit. Mais les moyens financiers confirmés par Stéphane Travert via son programme Ambition Bio ne convainquent guère les agriculteurs du secteur.

Echaudée, la Fnab? Pourtant associée au Grand Conseil d’orientation (GCO) de l’Agriculture biologique, la Fédération nationale d’agriculture biologique a des mots durs pour le programme Ambition Bio 2022 présenté (à nouveau) ce 25 juin par Stéphane Travert. Sur le papier, trois leviers sont activés. Avec d’abord le renforcement des moyens consacrés aux aides à la conversion, soit 200 millions d’euros de crédits Etat, 630 M€ de fonds Feader[1] auxquels s’ajouteront les autres financements publics, et à compter de 2020, un apport de 50 M€ par an par la redevance pour pollutions diffuses (RPD). Auquel s’ajoute un doublement du fonds de structuration ‘Avenir Bio’ géré par l’Agence Bio, porté progressivement de 4 à 8 M€/an. Enfin, le crédit d’impôt bio sera prolongé et revalorisé de 2.500 à 3.500 € jusqu’en 2020, dès la loi de finances 2018.

La bio Outre-mer

A cela s’ajoutent un soutien technique, environnemental et social pour atteindre les 15% de surface agricole utile (SAU) en bio à horizon 2022, des outils pour mieux structurer la filière (y compris dans la restauration collective), le développement de la consommation de produits biologiques pour tous les consommateurs, y compris pour les publics les plus démunis et les plus fragiles, un renforcement de la recherche, des efforts sur la formation orientée AB, une meilleure information sur la réglementation du secteur, un développement dans les Outre-mer.

La force du marché

«Le bio correspond à la fois à une forte demande des Français à laquelle nous devons répondre et à une opportunité pour les agriculteurs, a estimé Stéphane Travert. Il faut que tous les consommateurs aient accès au bio et que les agriculteurs y voient de nouveaux débouchés commerciaux.» Las, lui répond la Fnab, par la voix de son nouveau président, Guillaume Riou: «Le ministère réaffirme le rôle central du marché pour développer l’agriculture biologique mais le marché ne rémunèrera pas la protection de l’eau, de l’air ni du climat. C’est le rôle des pouvoirs publics de rémunérer les services non marchands rendus par l’agriculture biologique.»

Miroir aux alouettes

Car, alors que les tractations sont en cours autour d’une future politique agricole commune (PAC) plus ‘écolo’ et que les consommateurs la sollicite comme aucun autre secteur de l’agriculture, la bio n’a pas emporté le morceau dans les arbitrages. Non seulement les aides 2016 n’ont toujours pas été versées «malgré un calendrier déjà repoussé deux fois», non seulement les aides au maintien n’ont pas été rétablies malgré la promesse présidentielle de 200 M€ pour soutenir les services environnementaux rendus par l’agriculture, mais Stéphane Travert vient, comme l’an passé, d’exclure tout nouveau transfert entre les piliers 1 et 2. Pour atteindre l’objectif de 15% de SAU en bio en 2022, la seule conversion nécessiterait au minimum 400 M€ pour les trois prochaines années, estime la Fnab. Or le ministère de l’agriculture a plutôt choisi de s’en remettre, pour faciliter «le déclic de la conversion», aux collectivités locales et aux ‘projets alimentaires territoriaux’. «Un grand plan national sans budget à la hauteur des enjeux ne sera qu’un miroir aux alouettes qui permettra au gouvernement de surfer sur une vague qu’il n’a ni créée ni même entretenue», conclut Guillaume Riou.

 



[1] Feader: Fonds européen agricole pour le développement rural

 



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