Agriculture: la Suisse dit non à la souveraineté alimentaire

Le 24 septembre 2018 par Marine Jobert
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Deux tiers des Suisses opposés à la souveraineté alimentaire.
Deux tiers des Suisses opposés à la souveraineté alimentaire.
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C’était une votation à haute valeur symbolique, qui aurait conduit les Suisses à favoriser les productions agricoles locales au détriment des exportations à bas coût. Mais deux tiers des votants ont dit non au projet d’inscrire la souveraineté alimentaire dans la Constitution.


«Une défaite cuisante.» Rudi Berli digère le rejet ce 23 septembre, par 68% des Suisses, de l’initiative populaire consacrée à la souveraineté alimentaire qu’il portait, aux côtés du syndicat agricole Uniterre, affilié au réseau international Via Campesina.

La proposition prévoyait notamment l’inscription dans la Constitution que la Confédération «favorise une agriculture paysanne indigène rémunératrice et diversifiée, fournissant des denrées alimentaires saines et répondant aux attentes sociales et écologiques de la population». Cet échec est en demi-teinte, car «nous avons pu mettre notre système agro-alimentaire face à ses incohérences et ses échecs», écrit Uniterre dans un communiqué.
Volailles low cost
«Il était temps d’avoir un débat de fond», explique le maraîcher genevois, sans méconnaître la complexité à faire le lien entre les aspects économiques, sociaux et environnementaux de la durabilité. Des questions «difficiles d’accès», et ce particulièrement dans les cantons alémaniques où le syndicat, plus ancré dans la partie francophone, laboure depuis peu le terrain des idées.

Si les cantons romands ont accordé une majorité au texte, ce sont les cantons germanophones qui l’ont repoussé. «L’industrie agro-alimentaire a usé d’arguments massues qui ont réduit le débat au seul prix», regrette Rudi Berli.
L’alimentation, une question sociale
Oui, concède-t-il, les prix devront être relevés pour certaines filières. «On ne pourra concurrencer l’agriculture low cost à prix cassés», avec les poulets et les porcs pas chers venus d’Europe de l’Est, voire du Brésil. La question fondamentale, c’est l’argent que les Suisses sont prêts à investir pour leur alimentation.

Aujourd’hui, cela représente en moyenne 10% de leurs revenus. «Il est inadmissible que la partie de la population la moins favorisée soit privée de nourriture de qualité. Ce n’est pas un problème agricole, mais bien social!» Une revendication qui concerne également les accords commerciaux négociés avec des pays tiers, dont Uniterre souhaite qu’ils incluent des critères environnementaux et sociaux. «On a eu du mal à persuader les gens qu’on avait le pouvoir de négocier ces aspects-là», concède Rudi Berli, alors que se profilent des négociations sur l’huile de palme.
Liberté individuelle
Le spectre de la restriction des libertés individuelles a aussi été agité par les opposants à l’initiative. «Leur argumentaire, ça a été de refuser de se faire soi-disant dicter par l’Etat ce que le citoyen aurait dans son assiette. Mais on ne nous a pas demandé non plus si on voulait manger des produits pesticidés ou industriels!», s’agace le paysan.
Grande-Bretagne si dépendante
Rudi Berli voit arriver le Brexit avec inquiétude. Dans un pays qui ne produit que 15% des fruits et 55% des légumes qu’il consomme –selon une étude universitaire– et qui importe un tiers de son alimentation de l’Union européenne, la situation est «préoccupante», estime-t-il. «C’est le modèle d’agriculture qu’il ne faut pas suivre», conclut-il.



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