Agriculture: la fin d’une ère

Le 31 mai 2012 par Geneviève De Lacour
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La FnSafer a observé le marché foncier agricole en 2011
La FnSafer a observé le marché foncier agricole en 2011

Le nombre des exploitations agricoles familiales françaises diminue. C’est le constat alarmant fait par la Fédération nationale des sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural dans son rapport 2011. Une fédération qui s’inquiète notamment de la baisse des installations.

L’agriculture française ne serait donc plus une histoire de petites exploitations familiales? Aujourd’hui, en observant le marché foncier, la Fédération nationale des sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural (FNSafer) relève les difficultés de l’installation, notamment hors cadre familial. Moins de terres à vendre, des exploitations de plus en plus imposantes et de moins en moins de petites exploitations familiales.

L’agriculture française évolue car pour la première fois en 2011, les transactions sur les terres louées ont dépassé en nombre et en surface les transactions sur les terres libres. «Le fermage est passé de 49% à 77% des terres cultivées entre 1970 et 2011», affirme Robert Levesque, de la FNSafer.

Autre évolution: les exploitations cherchent de plus en plus à s'agrandir. Résultat, leur nombre ne cesse de se réduire. En 1955, la France comptait 2,2 millions d'exploitations et 6,1 millions d'actifs agricoles. En 2000, le nombre de structures est tombé à 660.000 et celui des employés à 1,3 million. Dix ans plus tard, le nombre des exploitations est descendu à 490.000 et celui des actifs à 970.000. La fédération s’alarme de l’importance croissante du marché des locations et des reprises de parts de société dont les Safer, souvent, ne sont pas informées. «Ce manque de transparence ne permet pas de bien appréhender le phénomène de concentration des exploitations agricoles». Et la FNSafer de craindre que «l’évolution puisse préparer un terrain propice à la prise de contrôle des exploitations les plus profitables par des investisseurs étrangers à l’agriculture».

Les agriculteurs restent les acquéreurs majoritaires du marché agricole en captant plus de 60% du marché en nombre et en surface, mais leurs acquisitions déclinent depuis 1999. A l’inverse, les sociétés d’exploitation agricole ont multiplié par 2,8 leurs achats depuis le milieu des années 1990. Les non-agriculteurs occupent quant à eux 21% du marché en nombre mais 36% en valeur du fait de leur préférence pour les biens bâtis.

Quelle évolution du prix des terres agricoles en 2011? Les prix des espaces agricoles et forestiers progressent. Les vignes d’appellation d’origine protégée (AOP) font la course en tête avec un prix moyen à l’hectare de 99.400 euros en 2011, prix multiplié par 1,8 depuis 1997. Après la stagnation observée en 2009, le prix des terres et prés libres confirme la reprise amorcée en 2010, en s’établissant à 5.430 €/ha (+ 6% par rapport à 2010, soit une progression en valeur constante de 42% depuis 1997). Le prix des terres et prés loués non bâtis connaît une hausse plus tempérée (+3,1% en 2011 soit une progression de 25% depuis 1997). Le prix des forêts progresse sur le long terme à un rythme proche de celui des terres agricoles libres. La hausse de 10,8% observée en 2011 est soutenue en particulier par le bond de 27% du prix du bois sur les deux dernières années.

Toutefois, la carte des prix est très contrastée selon les régions. Les hausses les plus fortes sont enregistrées en périphérie parisienne et sur le pourtour méditerranéen, là où les tentations d'urbanisation sont les plus importantes. L’hectare de terrain à bâtir est en effet plus de 60 fois plus cher que l’hectare de terres et prés libres. «Un différentiel qui laisse présager un changement progressif mais inéluctable d’usage des terres, en particulier dans les zones périurbaines», précise l’étude de la FNSafer.

Quid de l’accaparement des terres agricoles? Depuis le deuxième trimestre 2007, les cours mondiaux des produits agricoles fluctuent énormément en raison, entre autres, du boom de la demande en agrocarburants. La volatilité des prix, la demande croissante de biomasse alimentaire ou énergétique et les ressources finies en sols agricoles nourrissent des projets de prise de contrôle à grande échelle de terrains agricoles. Plusieurs types d’acteurs se livrent à cette course à l’hectare: les Etats déficitaires en surfaces agricoles, prospectant au-delà de leurs frontières par le biais de sociétés privées; les transformateurs agro-industriels nationaux ou internationaux, dans une optique d’intégration des filières agricoles; et les fonds d’investissement en quête de placements financiers autres que boursiers.

Selon le rapport de la fédération nationale, le bilan de cette course aux hectares (démarches nationales et transnationales confondues) serait ainsi de 1.200 opérations sur 71 Mha en 12 ans, soit 2,5 fois la surface agricole utile (SAU) française ou 6 Mha/an.

La FNSafer constate que l’Union européenne est d’ores et déjà déficitaire en surfaces naturelles. Chaque année, elle importe une production agricole équivalente à 35 Mha (chiffre 2006-2007) contre 26 millions en 1999-2000, soit 20% de sa surface agricole. Tourteaux et graines de soja représentent à eux seuls la production de plus de 17 Mha importée d’Amérique, pour compléter en protéines la ration des élevages européens. Le bilan devrait encore se dégrader par l’importation d’une part croissante d’agrocarburants. L’Europe se retrouve donc directement en concurrence sur les marchés mondiaux avec les autres pays déficitaires en calories végétales.

En France, les exploitations agricoles à statut de société anonyme se trouvent principalement dans les secteurs viticole, maraîcher et rizicole (Camargue). Elles restent largement minoritaires en nombre avec 1,2% des exploitations en 2007, mais exploitent déjà 6% de la SAU nationale. Des exploitations qui peuvent changer de mains au gré des transferts de parts, notamment au profit d’investisseurs étrangers, souvent intéressés par le secteur viticole.

Depuis plus de 50 ans, la France a privilégié l’exploitation familiale, sous des statuts divers. Par diverses mesures, notamment fiscales, on a cherché à ce que les capitaux investis dans le foncier agricole ne sortent pas de l’agriculture.

D’autres pays européens, comme l’Angleterre et l’Allemagne, avec des règles fiscales particulières, ont favorisé la transmission des exploitations dans un cadre familial. Au lendemain de la chute du mur de Berlin, le démantèlement des structures collectives soviétiques a abouti, en Europe de l’Est, à de grandes exploitations privées à main-d’œuvre salariée de plus de 500 ha. Certains pays –Hongrie et Pologne– restreignent toujours l’achat de terres agricoles par les investisseurs étrangers. A l’inverse, la Bulgarie et l’Ukraine offrent aux capitaux extérieurs des opportunités d’installation agricole avantageuses sur de vastes structures.

Aujourd’hui, bon nombre d’exploitations françaises et ouest-européennes ont atteint une grande taille financière. Il devient rare qu’un particulier dispose seul des capitaux suffisants pour financer la reprise d’une exploitation. «Dans ce contexte, l’installation agricole hors cadre familial est de plus en plus difficile et coûteuse», conclut le document.

 

 



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