Agriculture intensive: pas d’intérêt pour les cultures très dépendantes aux pollinisateurs

Le 07 mai 2014 par Romain Loury
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Les melons, dépendants à 95% des pollinisateurs
Les melons, dépendants à 95% des pollinisateurs
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L’intensification de l’agriculture entraîne une hausse de plus en plus faible des rendements au fur et à mesure que les cultures deviennent dépendantes aux insectes pollinisateurs, selon une étude française publiée dans la revue Frontiers in Ecology and the Environment.

Pour les courges, les kiwis ou les melons, espèces dépendantes à 95% des insectes pollinisateurs, nul ne sert d’intensifier le mode d’agriculture. Aucun bénéfice n’est en effet à attendre en termes de rendement, selon les résultats publiés par l’équipe de Colin Fontaine,  chargé de recherche au Cesco (Centre d’écologie et de sciences de la conservation, CNRS/Muséum national d’histoire naturelle, Paris). Cela pourrait même avoir des effets contreproductifs, avec une plus forte variabilité du rendement.

Les chercheurs se sont basés sur les chiffres fournis par le service de la statistique et de la prospective (SSP) du ministère chargé de l’agriculture, avec des données 1989-2010 pour 54 cultures dans les 22 régions métropolitaines. Ils ont ensuite évalué le rendement et sa variabilité en fonction de la dépendance de la culture aux insectes pollinisateurs et de l’intensité de l’agriculture pratiquée au niveau régional [1].

Pour les cultures ne dépendant pas des pollinisateurs (avoine, blé, orge), le fait d’intensifier entraîne une hausse marquée du rendement et une baisse de sa variabilité. Cette tendance s’estompe au fur et à mesure que le degré de dépendance aux pollinisateurs s’accroît, jusqu’à un effet nul sur le rendement et une variabilité en hausse.

Les pollinisateurs affectés par l’agriculture intensive

Selon de précédents travaux, l’agriculture intensive diminue la présence des pollinisateurs, et ce de deux manières, explique Colin Fontaine au JDLE. D’une part, via la toxicité des pesticides, désormais établie en ce qui concerne les néonicotinoïdes et les abeilles domestiques; d’autre part, par «une modification des habitats, avec des champs de plus en plus grands et très peu de haies, ce qui diminue les possibilités de nidification des pollinisateurs, ainsi que la quantité de ressources alimentaires».

Avec son équipe, Colin Fontaine coordonne l’étude SPIPOLL, projet de science participative qui vise à collecter des photographies de toutes sortes d’insectes pollinisateurs. Son but: «mesurer les variations de leur diversité et celles de la structure des réseaux de pollinisation, sur l’ensemble de la France métropolitaine».

«Il y a une balance entre le service rendu par les pollinisateurs et les gains attendus du fait de l’agriculture intensive», poursuit le chercheur. Pour les cultures dépendantes pour 95% à ces insectes, cela reviendrait presque à remplir le tonneau des Danaïdes: les bénéfices de l’intensification sont aussitôt perdus du fait de la perte de biodiversité.

«L’intensification classique, qui consiste à artificialiser le milieu, n’est pas forcément la meilleure solution», ajoute Colin Fontaine, qui propose «une intensification écologique de l’agriculture en s’appuyant sur les services rendus par la biodiversité».

Land-sharing vs land-sparing

Pour les espèces très dépendantes aux pollinisateurs, autant opter pour une approche «land-sharing». Prônée par les partisans de l’agro-écologie, elle consiste à faire cohabiter zones cultivées et zones naturelles, celles-ci servant de «réservoirs de biodiversité, de pollinisateurs et de prédateurs pour les ravageurs des cultures».

Quant aux cultures peu ou pas dépendantes des pollinisateurs, le «land-sparing», avec une nette séparation entre cultures et zones naturelles, serait plus efficace. Au moins pour accroître le rendement -à défaut d’apaiser les tenants d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement.

A ce jour, aucune étude plus globale n’a montré une telle variation des rendements selon la dépendance aux pollinisateurs et le degré d’intensification, observent les auteurs. Selon Colin Fontaine, l’effet des pollinisateurs, visible à l’échelon local, pourrait être masqué à plus grande échelle par des caractéristiques liées au climat ou au sol.

De plus, la plupart des études menées à ce jour n’ont stratifié les cultures qu’en deux classes, dépendantes ou non aux pollinisateurs. A la différence de cette nouvelle étude, qui en distingue cinq: dépendance à 0% (avoine, blé, orge), à 5% (haricot, poivron), à 25% (aubergine, colza, fève), à 65% (cerise, mûre, poire) et à 95% (courge, kiwi, melon).

[1] Trois éléments ont été intégrés dans la quantification de l’intensité de l’agriculture: «le système de rotation des cultures, la quantité d’intrants utilisés (irrigation, engrais, pesticides) et la présence d’habitats semi-naturels dans le paysage (par exemple haies ou forêts)», explique le MNHN dans un communiqué.



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