Agriculture: innover pour un avenir durable et apaisé

Le 09 janvier 2019 par Marine Jobert
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Quelle agriculture pour le XXIème siècle?
Quelle agriculture pour le XXIème siècle?
VLDT

Climat, économie, environnement, social… les défis de l’agriculture du XXIe siècle sont nombreux, complexes et ont changé de visage par rapport au siècle dernier. Comment manier l’innovation, avec qui et pour aboutir à quelle agriculture? Un avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE) fait le tour de la question.

C’est une contribution qui replace l’église au milieu du village. Consacré à l’innovation dans le domaine agricole, l’avis rendu par le CESE le précise d’emblée: «On réduit trop souvent l’innovation au progrès technique issu de la recherche scientifique. (…) Ce sont les fondements mêmes de notre modèle de société qu’il faut questionner.» Et de poser comme pierre angulaire de ses préconisations la nécessité, pour les innovations en matière agricole, de «prendre en considération la complexité du vivant, les interactions entre les systèmes naturels et l’acte de produire». L’avenir est à la transition vers des modes de production «résilients et durables», tels que l’agriculture biologique et l’agro-écologie, «puis leur généralisation».

Les objectifs poursuivis devraient, en théorie, mettre tout le monde d’accord: engager la décroissance des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’agriculture et faciliter son adaptation au changement climatique et à la raréfaction des ressources; proposer une alimentation saine, en quantité suffisante et accessible pour tous; garantir la résilience de l’agriculture en assurant la viabilité économique des exploitations et la juste rémunération des travailleurs agricoles; préserver et reconstituer les ressources et les milieux naturels; permettre aux agriculteurs de ne plus utiliser d’intrants chimiques; veiller au bien-être animal.

Meilleure information des citoyens

Comme un écho à ce que les agriculteurs vivent comme un dénigrement systématique de leurs pratiques –’l’agribashing’– les deux rapporteures insistent sur les controverses scientifiques, parfois factices, autour des effets sanitaires et environnementaux des pesticides. Pour en tirer une préconisation: une meilleure association des différentes composantes de la société à la mise en œuvre des innovations, adossée à une meilleure information des citoyens. «Il est indispensable de garantir une transparence totale des informations diffusées (…) concernant les travaux scientifiques relatifs à l’ensemble des innovations comme à celles susceptibles de faire débat dans la société, insistent Anne-Claire Vial et Betty Hervé. Il s’agit en particulier de veiller à éviter tout risque de conflit d’intérêt que l’importance des enjeux économiques induits par ces sujets peut favoriser.»

Innovation collaborative

L’avis incite sur la nécessaire implication des premiers utilisateurs eux-mêmes dans l’élaboration des innovations, via par exemple l’innovation collaborative ou l’association des structures de recherche et des professionnels dans des travaux participatifs. Quitte, parfois, à aller au-delà de la zone de confort de la profession. En poursuivant par exemple les efforts de recherche de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) sur les trichogrammes[1]. Ou en s’intéressant davantage encore aux légumineuses, qui ont été négligées «durant une longue période, la recherche s’étant désintéressée de certaines plantes (légumes secs, orge, soja, luzerne, vulpin…) au profit d’autres alors considérées comme prioritaires et plus rentables (blé, maïs, 5 betteraves…). L’état des connaissances agronomiques, ainsi que la mise à disposition de variétés permettant de répondre aux besoins actuels, s’avèrent par conséquent aujourd’hui lacunaires.»

Le temps long

Les deux rapporteures encouragent les démarches collectives, pour sortir certains professionnels d’une certaine solitude, mais aussi pour partager leurs expériences, que ce soit entre exploitations ou par filières. L’accent est également mis sur le temps long, qui est une des spécificités du rythme agricole, à rebours de politiques qui changent sans avoir porté leurs fruits: «Les grandes stratégies nationales d’incitation et de soutien aux innovations doivent s’inscrire dans la durée. (…) Les échecs constatés doivent faire l’objet d’un examen approfondi, en toute indépendance et objectivité.»

La donnée agricole, info stratégique

Enfin, le secteur agricole ne sera pas épargné par le déferlement des nouvelles technologies, qui inclinent le CESE à «sensibiliser et alerter [les agriculteurs] quant aux risques, non seulement financiers mais aussi de dépendance et de vulnérabilité (monopole du fournisseur pour la maintenance, impossibilité de récupérer et de réutiliser les données lors de changements de produits, obsolescence programmée…) induits par leur acquisition et leur utilisation». A cette fin, le CESE préconise d’expérimenter au niveau national, voire européen, pour les équipements agricoles, un dispositif s’inspirant de «l’indice de réparabilité», en l’élargissant à d’autres critères (consommation d’énergie…), institué par la feuille de route Economie circulaire, qui sera obligatoire début 2020. Le Conseil met en garde: «Il s’agirait là d’une forme d’espionnage commercial et industriel qui peut même s’instaurer au niveau des Etats dans le cadre de la concurrence féroce qui règne sur les marchés internationaux des produits agricoles. Cela concerne également les données émanant des organismes de recherche publique et des instituts techniques.» Autant de risques aujourd’hui traités dans des chartes, et bientôt des codes, de bonne conduite, avec l’assentiment des syndicats agricoles majoritaires (Jeunes agriculteurs -JA- et Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles -FNSEA).

 

 



[1] Il s’agit de petits insectes volants dont les larves se développent dans le corps d’autres insectes attaquant certaines productions végétales comme la pyrale du maïs ou les carpocapses de la pomme, qu’elles détruisent.

 



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