Agriculture et environnement: une question de présidentielle

Le 24 février 2012 par Geneviève De Lacour
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Le Salon de l'agriculture se tiendra du 25 février au 4 mars à Paris.
Le Salon de l'agriculture se tiendra du 25 février au 4 mars à Paris.

A la veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture à Paris, Nicolas Sarkozy se prononce pour une simplification des normes environnementales tandis que François Hollande ne veut pas opposer environnement et agriculture. Dans le même temps, une trentaine de défenseurs de l’environnement interpellent les candidats pour qu’ils engagent une réorientation profonde de l’agriculture française vers une agriculture biologique, paysanne et de proximité.

Alors que la quasi-totalité des candidats à la présidentielle ont annoncé leur venue au Salon de l'agriculture, qui sera inauguré porte de Versailles demain 25 février, par le président de la République, le candidat-président s'est prononcé pour une simplification des normes environnementales pour l'agriculture, estimant que le secteur ne devait pas être exposé à des contrôles tatillons.

Dans une interview donnée à Agra Press et au magazine La France agricole, publiée ce 24 février, Nicolas Sarkozy assure: «Il y a trop de suspicions à l'endroit des agriculteurs. Ils ne sont pas les ennemis de l'environnement, de la nature. Bien au contraire!». «Tout agriculteur tire ses ressources de cet environnement et de la nature. Son intérêt est de les préserver», ajoute-t-il.

En 2010, dans ce même salon de l'agriculture, Nicolas Sarkozy déclarait que l'environnement «ça commence à bien faire!». Et depuis, le président-candidat revient régulièrement sur ce thème, non sans dénoncer les positions «sectaires» des écologistes.

Des propos à rapprocher de ceux tenus dernièrement par Xavier Beulin, le président de la FNSEA qui est aussi à la tête de Sofiproteol, un fonds d’investissement leader en France de la production d’agrocarburants. Le président du premier syndicat agricole français a déclaré que la question de la relation «difficile» entre agriculture et écologie devrait être centrale dans les choix pour les élections du printemps. Il a ajouté que si les agriculteurs ont senti ces deux dernières années un Nicolas Sarkozy «plus proche de leurs préoccupations», la réalité sur le terrain était tout autre du fait notamment de la politique liée au Grenelle de l'environnement.

«Ce qui pose problème, ce sont les contrôles tatillons sur des textes parfois difficiles, voire impossibles à appliquer, et pouvant donner lieu à interprétation. Il faut absolument que les administrations de l'agriculture et de l'environnement dialoguent pour appliquer les normes», répète Nicolas Sarkozy dans l'interview réalisée aujourd’hui.

Il prend l'exemple de la politique de l'eau, qui a valu à la France de nombreuses sanctions au niveau européen et dans laquelle il voit «l'incarnation de la complexité et de l'allègement nécessaire». Avant de compléter: «Je continue à penser qu'il faut des règles environnementales, c'est l'intérêt des agriculteurs, mais en même temps il faut comprendre que les agriculteurs doivent pouvoir se battre sur les marchés mondiaux et ne pas leur imposer des contrôles qui prennent la forme de tracasseries administratives auxquelles personne ne comprend rien».

Nicolas Sarkozy prend également la défense de la filière des agrocarburants, alors même qu’elle a été épinglée dans le dernier rapport de la Cour des comptes pour les subventions élevées qu'elle reçoit. Interrogé sur sa volonté de poursuivre la politique d'aide aux agrocarburants, il se dit favorable pour deux raisons: «La première, c'est que cela crée un revenu complémentaire aux agriculteurs. La seconde, c'est que cela nous permet de remplir les objectifs européens en matière d'émission de CO2».

«Je me suis engagé à développer cette voie car elle ouvre la voie aux biocarburants de seconde génération. J'attends bien mieux de la seconde génération qui n'existerait pas si nous n'avions pas lancé la première», ajoute-t-il.

François Hollande, interrogé aujourd’hui sur le sujet agricole par les journalistes d’Agra Press, déclare vouloir réformer la PAC mais garder un budget «le plus élevé possible». Le candidat socialise souhaite aussi «pour cette future PAC, une dimension économique de soutien des productions et des prix et donc renforcer les mécanismes d'intervention». Avant de compléter: «Le troisième principe repose sur la dimension agro-environnementale que nous voulons donner à cette future PAC».

Défendant «un modèle productif, fondé sur la diversité et le développement durable», le patron de la Corrèze juge que «ce serait une grave erreur de vouloir opposer environnement et agriculture. L'environnement est un levier de croissance et l'agriculture française est l'une des plus soucieuses au monde du respect des normes sanitaires et des règles agro-environnementales».

François Hollande se déclare «lié par l'obligation d’atteindre l'objectif de moins 50% de pesticides d'ici 2018», fixé par le Grenelle de l'environnement. Il affirme que «la culture des OGM n'a pas sa place en France telle que proposée», mais accepte les recherches sur les OGM «en sites confinés».

Parallèlement, 33 personnalités, représentant 30 organisations rurales, paysannes, environnementales, de solidarité internationale, de la santé et de citoyens, publient ce vendredi 24 février une tribune dans la version internet du journal Le Monde.

L'écrivain Pierre Rabhi, promoteur de l'agroécologie, la présidente du WWF Isabelle Autissier, des représentants d'associations environnementales comme la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et d'organisations agricoles comme la Confédération paysanne, la Fédération nationale de l'agriculture biologique (Fnab) ou des apiculteurs, signent cette tribune.

Ces organisations appellent à «réorienter d'urgence l'agriculture française», selon le titre de leur article. Pour paraphraser Clémenceau, l'agriculture est une chose trop sérieuse pour être confiée aux seuls agriculteurs et à l'agro-industrie, écrivent-ils avant d’ajouter: «Il est temps pour les élu(e)s et pour les candidat(e)s aux élections de prendre conscience de la volonté des citoyens de se réapproprier collectivement les politiques agricoles, alimentaires et rurales».

«Une agriculture biologique, paysanne et insérée dans un tissu économique local peut parfaitement nourrir l'humanité -et elle le fera sans détruire les moyens de production que sont la terre, l'eau, les semences et les humains», estiment-ils.

Ils demandent aux prétendants à l'Elysée de réformer en profondeur la gouvernance de l'agriculture, afin que la société civile soit enfin associée à toutes les instances de décision agricole. Ils appellent aussi à mettre en œuvre les moyens nécessaires pour atteindre impérativement 20% d'agriculture biologique en 2020 et prendre toutes les mesures pour interdire les OGM sur le territoire français.


Rapport de la Cour des comptes sur les agrocarburants:

http://www.journaldelenvironnement.net/article/la-cour-des-comptes-etrille-les-agrocarburants,27209

 



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