Agriculture et climat: «4 pour 1.000» se cherche un référentiel

Le 03 juillet 2017 par Romain Loury
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Une initiative à l'orée de l'agriculture et du climat
Une initiative à l'orée de l'agriculture et du climat

L’initiative «4 pour 1.000», qui vise à accroître les stocks de carbone dans les sols agricoles, est en voie de se doter d’un référentiel pour évaluer les projets de recherche. Son comité scientifique en a soumis une première version lors d’une réunion organisée jeudi 29 et vendredi 30 juin à Montpellier.

Officiellement lancée à la COP21, qui s’est déroulée en décembre 2015 à Paris, l’initiative «4 pour 1.000» a trois objectifs: primo, lutter contre le changement climatique par séquestration du carbone; deuxio, permettre à l’agriculture de s’adapter face au réchauffement, l’enrichissement des sols en carbone organique améliorant leur fertilité et leur résistance à l’érosion; tertio, lutter contre l’insécurité alimentaire, grâce à l’amélioration des rendements.

Comment évaluer la compatibilité des projets de recherche, des pratiques agricoles sur le terrain, avec l’objectif de «4 pour 1.000»? Depuis 2016, le comité scientifique et technique (CST) de l’initiative, formé de 14 experts, planche sur un référentiel, dont une première version a été présentée jeudi 29 juin lors d’un colloque de «4 pour 1000» organisé à Montpellier.

Sans surprise, ce référentiel, dont il n’existe à ce jour pas de version écrite, comporte des critères relatifs au stockage du carbone, sur l’adaptation de l’agriculture au réchauffement, et sur la sécurité alimentaire.

Des critères garde-fous

Plus intéressant, il comporte aussi des critères dits «safeguard» («garde-fous» en anglais), notamment sur le foncier (afin d’éviter l’accaparement de terres), sur les autres gaz à effet de serre que le CO2 (méthane, protoxyde d’azote), ou sur d’autres éléments environnementaux, notamment les ressources en eau et la biodiversité, afin de produire de manière durable.

Interrogée par le JDLE, Claire Chenu, coprésidente du CST et chercheuse à AgroParisTech, espère ainsi, par ces indicateurs «garde-fous», empêcher que «des entreprises faisant du ‘carbon-farming’ [avec des rendements très élevés du fait d’un excès d’intrants, ndlr] soient reconnues comme ayant leur place dans le 4 pour 1.000». De même, il ne faut pas que l’initiative «soit au détriment de l’agriculture familiale», ajoute la chercheuse.

Les associations plutôt rassurées

C’était là l’une des craintes de plusieurs associations, dont le CCFD-Terre solidaire, Action contre la faim et Oxfam, qui redoutaient que le 4 pour 1.000 soit l’occasion d’un «greenwashing» de l’agriculture industrielle. «C’est globalement un référentiel assez complet, d’un point de vue écologique, économique et social, et qui reprend assez bien les préoccupations des associations», reconnaît Laurent Levard, chargé de programme agriculture au Gret, une ONG de développement solidaire.

«Le référentiel demeure toutefois à un niveau assez large, et nous n’en avons pas vu le détail. Le vrai problème, c’est la valeur qu’aura ce référentiel, qui permet certes de donner son avis sur un projet, mais qui ne contient aucun critère d’exclusion», observe Anne-Laure Sablé, chargée du plaidoyer sécurité alimentaire et climat au CCFD-Terre solidaire.

Il y a par ailleurs «des points à améliorer, à approfondir, notamment celui de l’emploi agricole», ajoute Laurent Levard. Le référentiel proposé jeudi 28 juin n’est qu’une première version, la finale devant être présentée lors de la COP23 qui se tiendra en novembre à Bonn (Allemagne). D’ici là, le référentiel sera enrichi par les remarques du consortium, instance décisionnelle de «4 pour 1.000».

Un forum, un consortium

Point important, les statuts de l’initiative excluent la participation de l’industrie au consortium. Elle ne peut participer qu’au forum, son instance consultative. Une différence de taille avec l’Alliance mondiale pour l’agriculture climato-intelligente (GACSA), implantée au siège de la FAO à Rome, vertement critiquée pour la forte participation de l’industrie -notamment celle des fertilisants.

«L’agriculture climato-intelligente a inclus de manière trop large. Avec 4 pour 1.000, on essaie de ne pas faire la même erreur», juge ainsi Emmanuel Torquebiau, chargé de mission changement climatique au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Pourtant, l’avenir de l’initiative demeure pour l’instant assez incertain. Notamment du point de vue du financement: à ce jour, seule la France y a contribué, alors que Stéphane Le Foll, à l’origine de «4 pour 1.000», était ministre de l’agriculture. Interrogé par le JDLE, celui-ci, redevenu député de la Sarthe, juge que son successeur, Jacques Travert, «sera derrière, je le crois».

Expertise et accompagnement scientifiques

L’initiative 4 pour 1.000 «n’a pas vocation à financer des projets de recherche», rappelle au JDLE son secrétaire exécutif, Paul Luu. Il servira plutôt à aider les projets compatibles avec la stratégie «4 pour 1.000» à obtenir des financements auprès de bailleurs de fonds, par exemple le Fonds vert pour le climat ou l’Agence française pour le développement (AFD).

Dès lors, comment le référentiel sera-t-il utilisé dans les faits? Dans un premier temps, il constituera pour le CST la base d’avis scientifiques sur des projets particuliers, dont les auteurs souhaiteraient candidater à un appel d’offres lancé par un bailleur. Ou bien il pourra servir à évaluer un projet à mi-parcours, éventuellement à en infléchir le cours, ajoute Paul Luu.

Quant à la question d’un éventuel label de certification «4 pour 1.000», elle n’est pas «complètement tranchée», reconnaît le secrétaire exécutif. Selon lui, elle pourrait se poser au cas où l’initiative venait à s’associer avec un bailleur de fonds qui souhaiterait s’accompagner d’une expertise scientifique sur le sujet sols et climat.



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