Agriculture: cultiver plus, pour polluer moins

Le 18 juillet 2014 par Romain Loury
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Comment nourrir 10 milliards de Terriens en 2050?
Comment nourrir 10 milliards de Terriens en 2050?
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La demande alimentaire croissante ne constitue pas forcément une fatalité écologique: en optimisant l’agriculture, il serait possible de nourrir 3 milliards de Terriens de plus, tout en réduisant l’empreinte environnementale, selon une étude publiée jeudi 17 juillet dans la revue Science.

Entre la déforestation tropicale pour le CO2, l’élevage et la riziculture pour le méthane et les fertilisants pour le N2O, l’agriculture serait responsable d’environ un quart des émissions de gaz à effet de serre. Si rien n’est fait, cela pourrait augmenter de 30% d’ici à 2050, estimait en avril l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Avec une population estimée à 9,6 milliards d’habitants en 2050, contre 7,2 milliards en 2014, nos besoins alimentaires croissants détruiront-ils la planète?

Pas forcément, estiment Paul West, de l’Institute on the Environment à l’université du Minnesota (Saint Paul), et ses collègues. Du moins si l’on se décide vraiment à mettre fin au gaspillage généralisé, aussi bien dans nos champs que dans nos assiettes.

En optimisant au mieux les moyens actuels, il serait même possible de nourrir 3 autres milliards de bouches, tout en réduisant fortement l’impact environnemental. Au terme d’une analyse de 17 grandes cultures (blé, maïs, riz, orge, pomme de terre, etc.), les chercheurs révèlent ainsi de nombreux «points de levier» afin de produire plus, et plus propre.

Premier d’entre eux, tout simplement accroître le rendement des terres, inférieur à 50% de son potentiel dans de nombreuses régions du globe. En premier lieu l’Afrique (43% des gains possibles), l’Asie (29%) et l’Europe (20%), en particulier celle de l’est. Selon les chercheurs, il y aurait là de quoi nourrir 850 millions de personnes de plus, tout en freinant la déforestation.

A l’extrême opposé de la chaîne alimentaire, le gaspillage alimentaire, que l’on estime de 30% à 50% de la production mondiale. En agissant aussi bien sur les denrées végétales que sur les animales, il serait possible d’alimenter 413 millions de personnes de plus.

La viande pourrait nourrir 4 milliards… de végétariens

Autre point critique, notre consommation de viande: en réorientant l’ensemble de la production agricole consacrée à l’alimentation animale vers l’alimentation humaine, ce sont 4 milliards de Terriens que l’on pourrait nourrir. Ce «diet gap», à savoir le nombre de calories qui s’évapore du passage des céréales fourragères à la viande, est particulièrement creusé aux Etats-Unis, en Chine, en Europe de l’ouest et au Brésil, qui concentrent 60% des gains possibles.

Pour les chercheurs, le végétarisme mondial constitue toutefois un horizon idyllique, au vu «des habitudes culturelle et des obstacles politiques». Mais une telle réallocation des terres, même partielle, pourrait servir de «filet de sécurité» lors de mauvaises années agricoles.

Du côté des GES, le Brésil et l’Indonésie arrivent en tête pour le CO2, avec 51% de la déforestation mondiale entre 2000 et 2012. Pour le méthane, c’est en Chine et en Inde qu’il faudrait agir, les deux pays émettant 53% du méthane lié à la riziculture. Idem pour le N2O, dont ces deux pays, avec les Etats-Unis, sont à l’origine de 56% des émissions mondiales. Or ils sont responsables d’environ 65% des excès en engrais azotés et phosphatés.

Plutôt qu’un problème mondial, le dilemme entre production alimentaire et environnement s’avère donc concentré sur quelques régions du monde. Plutôt une bonne nouvelle pour Paul West, selon qui «en se concentrant sur des zones, des cultures, des pratiques, (…) les efforts pourront être ciblés de manière à nourrir l’humanité tout en protégeant l’environnement».



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