Agriculture bio: des ruches en meilleure forme, plus productives

Le 27 juin 2019 par Romain Loury
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Jusqu'à +53% de miel
Jusqu'à +53% de miel

Les  abeilles domestiques s’en sortent mieux lorsqu’elles sont entourées de parcelles agricoles bio que conventionnelles, et produisent bien plus de miel, révèle une étude française publiée mercredi 26 juin dans le Journal of Applied Ecology. Explication la plus probable, une plus grande variété florale et l’absence de pesticides de synthèse.

En termes de biodiversité, la supériorité de l’agriculture bio sur la conventionnelle n’est plus à démontrer. Y compris pour les pollinisateurs, dont plusieurs études ont montré des bénéfices sur les espèces sauvages, à savoir les non-mellifères, comme sur les abeilles domestiques.

Pour ces dernières, une nuance de taille demeurait: le colza. Cette culture, rare dans l’agriculture bio, constitue l’une des fleurs favorites des abeilles. L’équipe de Vincent Bretagnolle, du Centre d’études biologiques de Chizé (Deux-Sèvres, CNRS/université de La Rochelle) s’attendait donc à observer, du moins lors de la floraison printanière du colza, un avantage au conventionnel, du fait de ressources plus abondantes pour les abeilles.

En fin de printemps, net avantage au bio

Il n’en est rien, comme le montre leur étude de près de 180 ruches de la zone-atelier «Plaine et Val de Sèvres»[i], analysées  de 2012 à 2017 dans le cadre du projet ECOBEE. En période de floraison du colza, il n’y a aucune de différence selon le type d’agriculture, que ce soit en taille du couvain, en nombre d’adultes ou en production de miel. Car si les abeilles domestiques en milieu bio ont 7 fois moins accès au colza, elles bénéficient d’une moindre exposition aux pesticides –et le colza est l’une des cultures les plus traitées.

Un net avantage au bio apparaît lors de la période de disette alimentaire de fin de printemps séparant les floraisons du colza et du tournesol: +20% d’adultes, +37% de couvain et +53% de miel. Selon les chercheurs, les abeilles en milieu bio ont accès à un meilleur paysage floral, aussi bien en variété qu’en abondance. L’avantage disparaît lors de la floraison du tournesol, plante cultivée en bio comme en conventionnel -où elle est moins traitée que le colza.

«Meilleure vitalité des abeilles domestiques»

Selon les chercheurs, l’agriculture bio aide les abeilles à passer le cap de la disette alimentaire de fin de printemps, ce qui aurait des effets positifs à long terme sur la survie des colonies.

«Une meilleure vitalité des abeilles domestiques, qui butinent à grande distance et sont d’importants pollinisateurs de la végétation naturelle comme des cultures, suggère que l’agriculture bio accroît la pollinisation au champ, mais aussi à l’échelle plus large des paysages. Cela reste à confirmer, mais cela signifierait que le bio présente des avantages pour la biodiversité comme pour la production agricole», concluent-ils.

2019, nouvel annus horribilis pour l’apiculture française? Pour l’instant, les conditions météorologiques ne sont guère propices: après un hiver trop doux, qui a favorisé des colonies très peuplées, celles-ci se sont effondrées, faute de fleurs en quantité suffisantes pour se nourrir. Après un mauvais printemps, au cours duquel de nombreux apiculteurs ont dû nourrir leurs ruches - sans récolter de miel-, la canicule qui sévit en ce début d’été pourrait avoir de graves conséquences pour la filière.


[i] La zone atelier «Plaine et Val de Sèvres» est une plainte céréalière située au sud de Niort. D’une surface de 450 km2, comptant environ 450 exploitations agricoles, elle fait l’objet de projets de recherche, sous l’égide du Centre national de la recherche scientifique (CNRS, unité de Chizé), de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et de l’université de La Rochelle.

 



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