Agriculture: «4 pour 1.000» sur les fonts baptismaux

Le 01 décembre 2015 par Romain Loury
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Stéphane Le Foll signe la déclaration de "4 pour 1.000"
Stéphane Le Foll signe la déclaration de "4 pour 1.000"
©Xavier Remongin/Min.agri.fr

Lancée par la France, l’initiative «4 pour 1.000», dont l’objectif est de propager les pratiques agricoles accroissant le stockage de carbone dans les sols, a été officiellement lancée ce mardi 1er décembre lors de la COP 21. Parmi ses premiers membres, plusieurs pays, organisations internationales, instituts de recherche et ONG.

Pourquoi 4 pour 1.000? Car il s’agit de la hausse annuelle de carbone dans les sols qui permettrait d’absorber l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. D’où l’idée que l’agriculture, au lieu d’être à l’origine d’un quart des émissions mondiales de GES, comme c’est le cas actuellement, pourrait constituer un puits de carbone, et donc une solution majeure face au réchauffement climatique.

L’enjeu n’est pas seulement climatique, il est aussi alimentaire: plus riches en carbone, les sols retrouveraient une meilleure productivité. Or, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production mondiale devra augmenter de 70% d’ici 2050 si elle veut répondre à la demande alimentaire croissante.

D’origine française, l’idée d’une initiative «4 pour 1.000» a été annoncée en mars par le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, lors d’un déplacement à Montpellier. Si le projet semblait très théorique lors de son ébauche, force est d’admettre qu’il s’est nettement étoffé depuis, regroupant, selon le ministre, plus d’une centaine de partenaires.

«Produire plus, produire mieux»

Après la révolution verte de la deuxième moitié du XXe siècle, qui n’avait de «verte» que le nom, Stéphane Le Foll dit «croire que nous sommes à l’aube d’une nouvelle mutation. Il s’agira de mieux utiliser les mécanismes naturels, plutôt que de les contrarier». Le tout pour «produire plus, mais en produisant mieux», a-t-il conclu lors de son discours.

Pour le directeur général du CGIAR [1], Frank Rijsberman, «toute l’attention dans les négociations climatiques se portait sur la question de l’énergie, du transport, alors que l’agriculture, actuellement une partie du problème, peut être une partie de la solution».

Certes, la connaissance du potentiel des sols, «énorme» selon Stéphane Le Foll, demeure empreinte de nombreuses inconnues scientifiques. Interrogé par le JDLE, François Houllier, PDG de l’Inra, estime qu’«il existe encore de grandes incertitudes à ce sujet, notamment sur les flux annuels de carbone, selon les régions, selon le climat. On sait toutefois qu’il y a des pratiques agricoles qui permettent de mieux stocker le carbone dans les sols. Si plusieurs questions restent à trancher, nous n’avons aucun doute sur l’ordre de grandeur».

Parmi les bonnes pratiques, la couverture des sols, la diversification des cultures, les semis directs (sans labour), pour ce qui est des cultures végétales. Pour l’élevage, il serait possible de réduire de 30% les émissions de méthane en changeant l’alimentation des animaux. Et les exploitations pourraient recourir plus largement au fumier pour fertiliser leurs sols, à la place des engrais minéraux qui entraînent la production de protoxyde d’azote (N2O).

Acteurs publics et privés

Parmi les pays qui soutiennent «4 pour 1.000», le site internet de l’initiative mentionne notamment l’Allemagne, l’Australie, la Bulgarie, l’Espagne, l’Ethiopie, la Finlande, la Lituanie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande et la Suède. Mardi, des représentants d’autres pays (Japon, Royaume-Uni, Pologne, Estonie, Lituanie, etc.) ont signé sa déclaration inaugurale.

Quant aux organisations, «4 pour 1.000» ratisse large: cela va des ONG, dont France Nature Environnement et le Center for Food Safety (Etats-Unis), les associations professionnelles, comme Interbev (Interprofessionnelle du bétail et des viandes), le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel), la Fédération internationale des mouvements de la bio (Ifoam) et Jeunes agriculteurs, jusqu’aux organisations internationales, dont la FAO et la Banque mondiale.

Après ce lancement, une première réunion des membres de «4 pour 1.000» devrait se tenir au premier semestre 2016, avance le ministère de l’agriculture. Selon Stéphane Le Foll, il s’agit de proposer d’ici la COP 22, qui aura lieu l’an prochain à Marrakech, le mode de gouvernance de la structure, ainsi que de définir «de grands plans d’action par continent».

Interrogée par le JDLE, Catherine Geslain-Lanéelle, depuis peu directrice générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE) du ministère, n’a pu avancer d’enveloppe budgétaire, mais indique que des financements sont déjà prévus. Parmi les donateurs, la FAO, le Fonds international de développement agricole (Fida), la Banque mondiale et la Prince of Wales’s Charitable Foundation.

Quant à la gouvernance, Catherine Geslain-Lanéelle évoque «quelque chose de léger», centré sur une task force internationale, intégrant des ONG, des représentants d’agriculteurs, de gouvernements et des financeurs. François Houllier fait quant à lui part d’une gouvernance pour chacun des deux piliers de «4 pour 1.000», à savoir la recherche scientifique et les actions sur le terrain.

Outre «4 pour 1.000», 5 projets à visée agricole ont été discutés mardi, dans le cadre d’une session consacrée au plan d’action Lima-Paris. Parmi eux, le Life Beef Carbon, porté par la France, l’Espagne, l’Irlande et l’Italie, dont le but est de réduire de 15% les émissions de GES liées à l’élevage bovin par l’échange de bonnes pratiques. Menée par la FAO, une autre initiative, la Save Food Initiative, vise à diminuer le gaspillage alimentaire, qui touche environ un tiers de la production agricole mondiale.

[1] Basé à Montpellier, le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR) fait partie des instituts de recherche impliqués dès le début du projet, avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et l’Institut national de recherche agronomique (Inra).



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