Afrique de l’est: les criquets, conséquence du réchauffement?

Le 03 février 2020 par Romain Loury
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Le criquet pèlerin, pire ravageur des cultures
Le criquet pèlerin, pire ravageur des cultures
A. Foucart/Cirad

L’Afrique de l’est fait face à une menace sans précédent de criquets pèlerins, qui pourrait engendrer une grave crise humanitaire au cours des prochains mois, prévient l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ce phénomène pourrait être lié au réchauffement.

Cette épidémie acridienne est «la pire que l'Éthiopie et la Somalie aient connu en 25 ans et la pire au Kenya en l'espace de 70 ans», a indiqué la FAO jeudi 30 janvier. Alors qu’un nuage de 1 km2 consomme autant de nourriture que 35.000 personnes, le nord du Kenya, ainsi que plusieurs régions du centre du pays, connaît actuellement des essaims couvrant 60 km de long sur 40 km de large. En Ethiopie, les agriculteurs ont perdu jusqu’à 90% de leurs récoltes, estime le gouvernement.

«Selon les prévisions, une nouvelle génération de criquets pèlerins devrait émerger en février et de nouveaux essaims devraient se former début avril, au moment de la nouvelle saison des plantations», explique la FAO. Or avec les vents saisonniers soufflant vers le nord, les essaims nouvellement formés pourraient de nouveau envahir l'Éthiopie et la Somalie, voire migrer vers le Soudan, le Soudan du Sud et l’Ouganda, des pays qui n’ont pas été touchés depuis 1961.

Plus au nord, les rives de la mer Rouge sont aussi touchées, notamment le Yémen et le sud-ouest de l’Arabie saoudite. A l’est, le Pakistan a déclaré l’état d’urgence face aux essaims qui ravagent l’est du pays, près de la frontière indienne.

Des cyclones toujours plus fréquents

Comment expliquer une telle flambée? A l’origine de ce phénomène, de violentes pluies survenues en octobre 2018 lors du cyclone Luban. Celles-ci ont engendré une abondante végétation au Yémen et à Oman, favorisant la multiplication des criquets lors de l’hiver suivant.

Certains de ces insectes sont partis vers l’est, tandis que d’autres ont traversé la mer Rouge pour coloniser l’Afrique, où ils ont été de nouveau favorisés par les abondantes pluies qui ont touché le nord de la Somalie et l’Ethiopie en octobre et novembre, indique Cyril Piou, spécialiste des criquets au Centre de biologie pour la gestion de populations (Montpellier)[i], dans un article paru dans The Conversation.

Cité par l’agence Reuters, Keith Cressman, spécialiste des criquets à la FAO, rappelle que «les cyclones sont les facteurs déclencheurs des essaims de criquets –et au cours des 10 dernières années, il y a eu une hausse de la fréquence des cyclones dans l’océan Indien», liés au réchauffement des eaux de surface.

S’il y a eu deux cyclones en 2018, et huit en 2019, «normalement il n’y en a pas, ou alors un seul par an. C’est donc une situation très inhabituelle. Il est difficile de l’attribuer au changement climatique, mais si cette tendance se poursuit, les attaques de criquets vont devenir de plus en plus fréquentes dans la Corne de l’Afrique», ajoute Keith Cressman.



[i] Sous tutelle de l’IRD, du Cirad, de l’Inrae et de Montpellier SupAgro.