AFB: «devenir ‘l’Ademe de la biodiversité’»

Le 04 décembre 2018 par Marine Jobert
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Deux ans et demi après son arrivée, le bilan de Christophe Aubel.
Deux ans et demi après son arrivée, le bilan de Christophe Aubel.

Le projet de loi qui portera sur les fonts baptismaux le futur établissement public AFB-ONCFS est examiné à partir de ce 4 décembre par la commission du développement durable de l’Assemblée nationale. L’occasion de dresser le bilan des premiers pas de la future ex-AFB avec son directeur, Christophe Aubel.

JDLE - Après une année d’existence, quel est le bilan de l’Agence française de la biodiversité (AFB)?

Christophe Aubel – D’abord, on a conforté et amélioré ce que pouvaient faire les 4 établissements en termes d’appui technique aux politiques publiques, avec une gestion désormais transversale. Par exemple, les poissons migrateurs amphihalins [qui migrent entre un milieu maritime et un milieu en eau douce, comme les anguilles ou les saumons], les parcs marins s’en occupaient d’un côté et l’ex-Onema de l’autre. Maintenant, ils s’en occupent ensemble. Ensuite, l’AFB a pris sa place dans le paysage, pour devenir en quelque sorte ‘l’Ademe de la biodiversité’, avec deux chantiers à venir: une grande campagne de communication en 2019 en direction du grand public et, comme prévu par le plan Biodiversité, un agenda de l’action à destination des acteurs de la biodiversité, notamment les collectivités et les acteurs économiques.

JDLE- L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) est identifiée aujourd’hui… l’AFB, moins. Quels leviers actionner?

Christophe Aubel – Au second semestre 2019 sera lancée une campagne de communication grand public pour expliquer à quel point la biodiversité est essentielle à l’avenir de nos sociétés humaines. Une plateforme pour passer à l’action verra le jour et un travail d’explication des politiques publiques sur le sujet sera entrepris. Des conférences citoyennes seront également organisées, qui nous amèneront jusqu’à 2020 et la tenue du congrès mondial de la nature de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) la même année. La campagne sera complétée par l’opération ‘Territoires engagés pour la nature’ (TEN), en direction des collectivités territoriales. Une période expérimentale s’achève, qui voit l’AFB, le ministère de l’écologie et Régions de France valoriser les collectivités qui ont déjà agi en faveur de la biodiversité, les inciter à aller plus loin, faire du retour d’expérience pour que d’autres puissent se servir des bonnes pratiques; avec, à terme, l’ambition que ces territoires puissent voir converger des financements existants.

JDLE – Les ABC de la biodiversité –Atlas de la biodiversité– marchent très bien, eux!

Christophe Aubel – Oui, on en est au deuxième appel à manifestation d’intérêt, un troisième va être lancé, et on a trop de demandes par rapport à ce qu’on arrive à financer. Si ça marche, c’est qu’on fait un inventaire qui est participatif, complété par des interventions dans les écoles. Et à la fin, on fournit certes au maire une liste des espèces présentes sur sa commune, mais aussi une cartographie des enjeux de biodiversité, ce qui peut permettre à la commune d’en tenir compte quand elle fait son plan local d’urbanisme par exemple ou décide de la construction d’un équipement. C’est très concret.

JDLE – L’articulation entre l’AFB et les agences régionales de la biodiversité (ARB) est un peu mystérieuse… et leur caractère facultatif brouille encore le message sur leur nécessité.

Christophe Aubel – Cela a marché (trois créées, quatre en projet) parce que c’était justement facultatif. Je suis convaincu que si la loi avait contraint les régions à créer ces ARB, ça n’aurait pas fonctionné. Nous sommes facilitateurs, sans modèle imposé. Au quotidien, nos missions régaliennes –police de l’environnement notamment– ne seront jamais transférées aux ARB. Par contre, la loi n’a pas confié au seul Etat la compétence biodiversité; elle a désigné les régions comme chefs de fil et maintenu les départements dans leurs compétences et les financements afférents (espaces naturels sensibles). Les collectivités, en lien avec leur PLU, ont aussi des responsabilités dans ce domaine. Chacun doit donc prendre sa part. Auparavant, chacun faisait des choses, en se parlant plus ou moins. En Normandie, par exemple, des départements ont raconté que jusqu’à présent, ils achetaient des terrains avec la taxe sur les espaces naturels sensibles pour mettre en œuvre la trame verte et bleue. Un dispositif qui trop souvent s’arrêtait à la frontière du département limitrophe. Maintenant, les objectifs de trame verte et bleue sont partagés à l’échelle de la région et si chacun reste maître en son territoire, chacun doit s’inscrire dans les objectifs fixés en commun.

JDLE – Un préfigurateur de la future AFB-ONCFS, Pierre Dubreuil, directeur général délégué au Museum, a été nommé. Où en est la fusion?

Christophe Aubel – Ce sont deux établissements frères. Nous sommes les deux principaux bras armés du ministère pour mettre en œuvre les politiques publiques en matière de biodiversité. On sait bien que l’AFB était très équipée en matière de connaissances des milieux aquatiques et du domaine de l’eau et des milieux marins, quand l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) est spécialisé sur les milieux terrestres. Cela nous donne au nouvel établissement une force de frappe pour répondre à l’enjeu et changer d’échelle en matière de réponse aux enjeux d’érosion de la biodiversité.

JDLE – Quel regard portez-vous sur l’entrée du milieu cynégétique dans cette agence de la biodiversité?

Christophe Aubel – La gouvernance est équilibrée entre les parties prenantes. Et puis c’est très bien que tout le monde soit autour de la table, y compris le monde de la chasse. Car soit la biodiversité reste une affaire de spécialistes, soit on veut mobiliser toute la société car c’est le seul moyen de répondre à l’ensemble des enjeux. Cela implique de mobiliser tout le monde, par exemple les acteurs économiques qui, certes, peuvent causer des pressions sur la biodiversité, mais on travaille avec eux et il y a beaucoup de gens exemplaires. Le monde de la chasse est un acteur incontournable: les chasseurs sont eux aussi dans les espaces naturels et ruraux et une partie des zones humides ont été préservées parce que la chasse s’y pratique.

JDLE – Aujourd’hui, les menaces pesant sur la biodiversité sont nombreuses. L’AFB peut-elle créer un rapport de force suffisant pour maintenir l’état de la nature?

Christophe Aubel – Oui et non. Je suis dans ce milieu depuis plus de 20 ans et la biodiversité n’a jamais été autant prise en compte et discutée que maintenant. Avec le Grenelle, on a passé une marche, et il en reste d’autres à franchir. C’est l’ambition. Mais on va dans le bon sens. La question est de savoir si on y va assez vite par rapport à l’érosion de la biodiversité. Hubert Reeves, président d'honneur de l'AFB quand on lui demande s’il est optimiste ou pessimiste, répond souvent que «peu importe, ce qui compte c’est d’être déterminé». Il existe une réelle dynamique. Il n’est pas sûr qu’on aille assez vite. Le nouvel établissement, qui  ne répondra pas seul à l’enjeu, mais nous pouvons jouer en matière de biodiversité le rôle que l’Ademe a joué pour les déchets et l’énergie. Ce qu’il y a derrière, c’est un changement de modèle, avec la croissance du bien-être de chacun et la finitude physique de la planète. Ce n'est pas simple, mais la biodiversité a un gros avantage: si vous êtes exemplaire sur votre territoire, vous obtenez des résultats visibles par tous, ce qui n’est pas forcément le cas en matière de climat…



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