Aéronautique : le vert est à moitié plein

Le 09 juin 2020 par Victor Miget
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Maveric : un successeur pour l'A320 ?
Maveric : un successeur pour l'A320 ?
Airbus

Le gouvernement a débloqué, mardi 9 juin, 15 milliards d'euros pour soutenir l'industrie aéronautique française. Objectif : faire de la France le leader de l'aviation zéro carbone. Largement insuffisant de l’avis des écologistes qui demandent des garanties et une réduction du trafic aérien.

 

Au petit soin, le ministre de l'Économie et des finances, Bruno Le Maire, a décrété «l'état d'urgence pour sauver notre industrie aéronautique et lui permettre d’être plus compétitive et plus décarbonée». Ce mardi a été annoncé «un effort de 15 milliards d'euros» pour venir en aide à un secteur qui représente 200.000 emplois en France. Le plan de soutien s’accompagne de garanties environnementales. Elles visent à faire de l’Hexagone un leader du transport zéro émission, indique le gouvernement.

Perfusion. Le plan de sauvetage de l’aéronautique intègre un dispositif de prêts garantis (à hauteur de 1,5 milliard d’euros) et l’assouplissement de remboursement d’achats d’avions Airbus pour 2 Md€. Les commandes militaires vont être accrues de 800 M€. Doté de 500 M€, un fonds financera la transformation des entreprises300 M€ seront consacrés à la numérisation et la robotisation des TPE et des PME.

Hydrogène et biocarburants

Préparer la rupture technologique de l’aviation : c’est l’ambition majeure. « La France peut être dans les années à venir le pays d’Europe où se concevront et où se produiront les avions de demain», assure Bruno Le Maire. Pour y parvenir, une enveloppe de 1,5 milliard d’euros soutiendra la R&D.  

Concrètement, le but est d’imaginer le successeur de l’A320, l’avion commercial le plus vendu au monde. Au chouchou d’Aribus succéderait un avion moyen-courrier sobre consommant un tiers de kérosène de moins que ses concurrents actuels et capable de ne voler qu’avec des biocarburants. Au-delà de cette première étape, Bercy voit déjà pointer les technologies dites, de rupture. Le plan voit déjà décoller, entre 2033 et 2035, un appareil carburant à l’hydrogène. Un démonstrateur est annoncé d’ici à 2026. 

Le plan ambitionne aussi de développer en 10 ans un aéronef régional « ultrasobre et hybride électrique », ou alimenté à l’hydrogène. Côté voilure tournante, on annonce déjà des hélicoptères hybrides (40% de consommation en moins). Ou encore, des appareils d’affaires capables de 100% de biocarburants et qui seront à plus long terme, alimentés en hydrogène. Du moins, en partie. Enfin, le gouvernement demande à ce que soient optimisées les opérations aériennes et aéroportuaires selon des critères environnementaux avant 2025. Sans plus de précision. 

L’aide de 15 milliards d'euros intègre les 7 milliards d'euros accordés à Air France-KLM. En contrepartie de cette aide, la compagnie a elle aussi consentie à des contreparties environnementales. Elle s’est engagée à diminuer de 50 % les émissions de CO2 des vols domestiques d'ici fin 2024. Elle devra réduire son offre de vols domestiques dès qu’une alternative ferroviaire de moins de 2h30 existe.

Quid des garanties ?

Les militants écologistes restent insensibles à ces cascades de milliards. Pour Génération Ecologie, ces annonces  sont du «bluff». « Les temps de recherche, de développement et de certification pour développer un tel avion sont bien supérieurs à l’horizon 2035», estime le mouvement présidé par Delphine Batho.

Greenpeace ne voit que des déclarations de bonnes intentions. «Sans contraintes légales, quel sera le contrôle démocratique et parlementaire de la définition et de la mise en œuvre des conditions affichées, quelle redevabilité et quels moyens de sanction en cas de non-respect?», questionne Sarah Fayolle, chargée de campagne Transports pour la branche française de la multinationale de l’écologie.

Mention insuffisant

Et puis, les gaz à effet de serre restent nocifs pour le climat. «Le Gouvernement continue à se voiler la face sur l'essentiel : réduire le trafic aérien est indispensable pour vraiment baisser les émissions de gaz à effet de serre du secteur et lancer une véritable transition écologique», martèle l'ONG. Ce n’est pas à l’ordre du jour: Bruno Le Maire espère retrouver les niveaux de trafic de décembre 2019 d’ici 3 ans.