Aérogare T4 : pour l’Autorité environnementale le compte n’y est pas

Le 09 juillet 2020 par Victor Miget
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L'Autorité environnementale reproche à ADP de ne pas avoir pris suffisamment en compte les nuisances environnementales du projet de Terminal 4.
L'Autorité environnementale reproche à ADP de ne pas avoir pris suffisamment en compte les nuisances environnementales du projet de Terminal 4.

L’Autorité environnementale a rendu un avis, mercredi 8 juillet, sur le projet de Terminal 4 de l’aéroport Roissy Charles-De-Gaulle. Elle demande à ce que soit complétés les « incidences » du projet. Du pain bénit pour les opposants.

 

Le T4 a du plomb dans l’aile. Après un recours contentieux déposé par des associations en mai dernier et l’annonce d’un report de l’enquête publique début juin, au tour de l’Autorité environnementale (Ae) de porter un nouveau coup au projet de Groupe Aéroports de Paris (ADP).

Dans un avis rendu le 8 juillet, elle demande à ADP de réécrire son dossier. Le projet prévoit la construction d’une aérogare, de 7 milliards d’euros, d’une capacité d’accueil de 40 millions de passagers par an à horizon de 2037. L’exploitant des aéroports franciliens semble l’avoir oublié : une telle infrastructure n’est pas sans causer quelques nuisances environnementales : émissions de gaz à effet de serre (GES), bruits, pollution de l’air, perturbations des milieux naturels...  .

Emissions et qualité de l’air

LAe reproche, pour commencer au groupe ADP de ne prendre en compte que certaines émissions de GES. Elle recommande d’intégrer aux calculs initiaux les rejets des avions en vol (phase de croisière), forçage radiatif compris. Un rapport de l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (Acnusa) estime à 12.990.000 tonnes équivalent CO? (en 2017) les émissions des avions de l’aéroport CDG. Soit «dix fois plus que celles des phases de décollage et d’atterrissage additionnées des mouvements au sol», note l’avis. L’Ae suggère aussi de quantifier les GES  émis lors de la construction du terminal. Puis de préciser au passage les mesures prises pour limiter la pollution lumineuse du projet.

Elle regrette aussi que les incidences du projet sur la qualité de l’air et le bruit «et donc la santé des résidents et riverains» soient insuffisamment évaluées. De son avis, en matière de bruit, le dossier n’apporte pas l’assurance que les avions qui seront accueillis sur le tarmac soient modernisés dans les temps. En l’état, le calcul des niveaux acoustiques se fonde sur des hypothèses de renouvellement de la flotte (fret et passagers) «dont la probabilité de réalisation n’est pas connue». A fortiori en cette période de très grave crise du transport aérien mondial.

L’Ae demande aussi à ce que soit intégré dans l’étude la qualité de l’air et de ses effets sanitaires, l’ensemble des polluants renseignés dans la note technique du 22 février 2019 relative à la prise en compte des effets sur la santé de la pollution de l’air dans les études d’impact des infrastructures routières.

Traitement des eaux et zone Natura 2000

L’Autorité environnementale fait part de ses inquiétudes concernant les potentiels impacts négatifs sur deux sites Natura 2000. En l’occurrence, «Sites de Seine Saint-Denis» et «Boucles de la Marne». Principale préoccupation : le traitement des eaux. Sur ce point, l’Ae recommande «de décrire les débits et les rejets de la plateforme aéroportuaire aux différentes périodes de l’année (temps sec, évènements pluvieux, en et hors périodes glycolées)» et de «quantifier la responsabilité des rejets de la plateforme aéroportuaire sur la dégradation de la qualité des cours d’eau en aval.» D’après elle, l’absence d’incidences sur les sites Natura 2000 n’est pas démontrée. Regrettable, étant donné qu’il s’agit d’un prérequis à l’autorisation du projet.

L’opposition revigorée

Contacté par le JDLE, Audrey Boehly, co-fondatrice du collectif Non au T4, se réjouit de cet avis. «Il confirme ce que nous disons depuis l’annonce de ce projet. Il est incompatible avec la préservation du climat, de l’environnement et de la santé des populations survolées. […] Cela montre bien que, dans son dossier, Groupe ADP méconnait les impacts et ne proposent pas de solutions viables». Le collectif espère que l’avis sera entendu, malgré son caractère consultatif. «Nous demandons au gouvernement d’en prendre acte». En attendant, Non au T4 devrait reprendre ses actions dès la rentrée prochaine.

Et ADP dans tout ça ? Interrogé par nos confrères du Monde, le groupe a assuré qu’il «tirera les conséquences de l’ensemble des recommandations émises par l’autorité environnementale et qui le concernent». Précisant néanmoins que lesdites recommandations s’adressent aussi à l’Etat.

Il y a quelques semaines, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, s’était déjà interrogé sur la pertinence de la construction du terminal T4, alors que le secteur aérien fonctionne au ralenti.