Aérien: le Corsia, usine à blanchiment de crédits MDP?

Le 07 mars 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Quand une tonne de CO2 vaut un euro.
Quand une tonne de CO2 vaut un euro.

L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) va évaluer les crédits qui pourraient alimenter Corsia, le futur système de compensation des émissions du transport aérien. Parmi les favoris: le mécanisme de développement propre (MDP).

 

Jusqu’au 15 mars, il y a du carbone dans l’air de Montréal. C’est dans la capitale du Québec où elle a fixé son siège que l’OACI, l’agence onusienne régulant le transport aérien, tente d’élaborer les règles de fonctionnement du Corsia.
Conçu en 2016, ce dispositif vise à aider les compagnies aériennes à réduire leur empreinte carbone, tandis que le trafic mondial progresse de près de 5% par an.

feuille de route

Une semaine avant la fin de la session de l’OACI, deux décisions ont déjà été prises. La première est l’adoption de règles qui permettront d’éviter un double comptage entre les baisses d’émission des Etats et celles des compagnies aériennes. La seconde est la constitution d’un conseil consultatif technique (CCT). Bien qu’il ne soit pas encore installé, sa feuille de route est déjà connue. Les experts du CCT devront sélectionner les dispositifs éligibles au Corsia.

En clair, pour ‘neutraliser’ leurs émissions de carbone, les compagnies aériennes, via Corsia, achèteront des crédits carbone. Le plus probable est qu’elles puisent dans le stock créé par le MDP, l’un des systèmes de flexibilité créés avec le protocole de Kyoto.

Problème: les projets MDP pourraient créer 4,6 milliards de dollars de crédits d’ici 2020, année à laquelle devrait prendre fin le protocole de Kyoto et son mécanisme. La demande actuelle pour ces crédits étant quasi inexistante, le coût de ces unités de réduction certifiée d’émission (Urce) tourne autour de 1 euro pièce.

trop de crédits

Si le MDP était reconnu bon pour le Corsia, les compagnies pourraient remplir leurs obligations au moindre coût. Dans un article publié il y a quelques jours par Nature Climate Change, Carsten Warnecke (New Climate Institute) et ses collègues estiment entre 1,6 et 3,7 Md$ les besoins en crédits d’émissions des compagnies soumises au Corsia entre 2021 et 2035. Des volumes largement couverts par le MDP.

«Compte tenu du manque flagrant de transparence du mode de fonctionnement de l’OACI en général et du CCT en particulier, il n'y a aucune garantie que Corsia dans son ensemble se traduise par de véritables compensations carbone qui apporteraient une contribution significative à la protection du climat», déplore d’ailleurs Bryony Worthington, directrice exécutive de la branche européenne d’Environemental Defense Fund.

A moins, bien sûr, que la prochaine COP Climat ne fixe la règle de fonctionnement de l’article 6 de l’Accord de Paris, ce qui permettrait la création d’un successeur au MDP.



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