Additif E171: l’Anses ouvre la voie à une suspension

Le 15 avril 2019 par Romain Loury
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L'E171, un additif en partie nanoparticulaire
L'E171, un additif en partie nanoparticulaire
INRS

Les incertitudes demeurent quant aux effets sanitaires de l’additif alimentaire E171, à savoir le dioxyde de titane, notamment en termes de cancérogénicité, constate l’Anses dans un avis publié lundi 15 avril. Ce qui ouvre la voie à sa suspension en France, dont le ministre de l’économie Bruno Le Maire devrait signer l’arrêté.

Après quelques hésitations, Bercy a annoncé en janvier qu’il signerait bien, «mi-avril», l’arrêté de suspension de l’additif E171 dans les produits alimentaires. Cette mesure figure dans la loi agriculture et alimentaire du 30 octobre 2018, issue des Etats généraux de l’alimentation (EGAlim).

A l’origine de cette décision, plusieurs études ont révélé sa toxicité sous forme nanométrique (moins de 100 nanomètres), notamment l’une, publiée en janvier 2017 par des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), montrant chez des rats un effet de promoteur de la cancérogène colorectale.

Un nouvel avis décisif

Qu’attendait Bruno Le Maire pour signer l’arrêté? Un nouvel avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Lundi 15 avril, Europe 1 indiquait ainsi que le ministre avait «décidé d’agir puisque ce rapport [tout juste parvenu entre ses mains] ne contredisait pas les dernières études faites sur ce colorant».

En avril 2017, l’Anses avait déjà donné son avis sur l’étude française de 2017, dénommée NANOGUT, estimant nécessaire de confirmer ses résultats par des «expérimentations complémentaires». Peu après, l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) estimait au contraire que l’étude de l’Inra n’était pas de nature à remettre en cause sa réévaluation de l’E171, publié en septembre 2016.

En vue d’une future suspension française, l’Anses a donc été saisie, le 28 février, par quatre directions ministérielles[i] afin de faire le point sur les travaux publiés depuis 2017. Au terme d’une analyse de la littérature, elle a retenu 25 nouvelles études, qui, sans bouleverser ses précédentes conclusions, révèlent l’existence de nouveaux éléments ravivant le doute sur l’innocuité de l’additif.

Cancérogénèse : rien de neuf, ou presque

Sur la cancérogénèse colorectale, l’Anses estime qu’«aucune de ces nouvelles études ne permet de confirmer ou d’infirmer le potentiel effet promoteur de la cancérogénèse du E171 rapporté dans l’étude NANOGUT». Toutefois, trois d’entre elles, menée par la même équipe de l’université de Maastricht (Pays-Bas), suggèrent que l’E171 «affecte des mécanismes biologiques qui peuvent faciliter le développement de cancer».

Ces résultats «corroborent les questionnements du E171 soulevés par l’Anses» lors de son analyse de l’étude NANOGUT, au sujet de l’effet promoteur de cancérogénèse, indique l’agence.

Parmi les autres études, certaines mettent en évidence, «malgré certaines limitations méthodologiques, de nouveaux signaux (modification de la régulation des histones ou effets sur le développement) ou (…) certains effets déjà publiés (par exemple, les effets génotoxiques observés in vitro et médiés par le stress oxydant)».

Les «bénéfices» bien maigres de l’E171

Appelant à mieux caractériser le danger éventuel de l’E171, l’Anses estime nécessaire «d’apprécier, dans le cadre de l’autorisation de mise sur le marché de l’additif, la justification de son usage pour le consommateur, qui doit être fondée sur des bénéfices clairement établis (intérêt technologique, impossibilité de substitution, utilité pour le consommateur ou la collectivité)».

Or le colorant E171 n’a d’autre intérêt que purement esthétique: en France, il est principalement utilisé «dans la production de confiseries, de desserts et crèmes glacés, de produits de boulangerie et pâtisserie, de biscuits, de gâteaux, de tablettes de chocolat, de desserts réfrigérés, etc.», rappelle l’Anses. Face aux inquiétudes croissantes des consommateurs, de grandes enseignes ont décidé de s’en passer, sans difficulté technique majeure.

Reste que l’E171 est présent dans bien d’autres produits du quotidien: selon une enquête menée par Agir pour l’Environnement, il entre dans la composition de deux tiers des dentifrices présents sur le marché français. Il est également présent dans de nombreux médicaments, au sujet desquels l’association a lancé une enquête participative.



[i] Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGGCRF, ministère de l’économie), Direction générale de la santé (DGS, ministère de la santé), Direction générale de l’alimentation (DGAL, ministère de l’agriculture), Direction générale de la prévention des risques (DGPR, ministère de la transition écologique)

 



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