Acidification: les oursins frisent le burn-out

Le 31 mars 2015 par Romain Loury
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L'oursin pourpre
L'oursin pourpre
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Avec l’acidification des océans, les invertébrés marins pourraient dépenser plus d’énergie à des tâches cellulaires de base, révèle une étude américaine publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas). Au risque de devenir encore plus vulnérables qu’ils ne le sont face à un changement inopiné de leur milieu.

En apparence, rien ne change: que ce soit à 400 ppm de CO2 atmosphérique, selon les conditions actuelles, ou à 800 ppm [1], les larves d’oursin pourpre (Strongylocentrotus purpuratus) étudiées par l’équipe de Donal Manahan, de l’University of South California à Los Angeles, présentaient la même taille, le même aspect extérieur. Mais dans les tréfonds de la cellule, la situation est bien différente.

Les chercheurs révèlent en effet que dans une eau acidifiée, les cellules doivent allouer jusqu’à 84% de leur ATP (adénosine triphosphate), unité de base de l’énergie cellulaire, à la synthèse de protéines et au transport d’ions. A 400 ppm, ces tâches basiques ne lui prennent qu’environ 40% de son ATP. Si l’océan continue à s’acidifier, les invertébrés marins pourraient donc s’épuiser intérieurement, sans rien laisser paraître, au risque de s’effondrer face à tout changement.

«Comparons ce budget métabolique au budget d’un ménage», explique Donal Manahan. «La synthèse de protéines, l’un des processus les plus cruciaux pour la survie d’un organisme, correspond au loyer. Le changement climatique équivaut à l’augmenter de plus de plus. Il est toujours possible de survivre, mais sans augmenter son budget, on se rapproche du désastre, incapable d’affronter une situation de crise», par exemple la survenue d’un agent toxique, ajoute le chercheur.

Les fonds marins affectés pour des millénaires

Toujours chez les invertébrés marins, mais cette fois à partir de fossiles, une autre étude américaine publiée dans les Pnas révèle que ces organismes prendraient plus de temps qu’on ne le pensait à se remettre du changement climatique ou d’un appauvrissement soudain en oxygène.

Selon l’examen d’une carotte de sédiments prélevée au large de Santa Barbara (Californie), la fin de la dernière période glaciaire, qui s’étend de -120.000 à -10.000 ans, s’est soldée par un rapide réchauffement et une baisse rapide de la teneur en oxygène des fonds marins, décimant la faune invertébrée. Et contrairement à ce que l’on pensait, il a fallu des millénaires, et non pas des siècles, pour que celle-ci se reconstitue.

«Etudier les changements de la biodiversité marine durant les épisodes historiques de réchauffement et de glaciation nous permet de prévoir ce qui va survenir ces prochaines années (…) Il s’agit de mieux comprendre comment les communautés des fonds marins répondent à de tels bouleversements, alors que notre ‘nouvelle norme’ est celle d’un rapide changement climatique», commente l’un des auteurs, Peter Roopnarine, de l’Académie californienne des sciences à San Francisco.

[1] Le taux de 800 ppm est celui prévu par le scénario RCP6.0 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).



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