Acide lactique: un risque d’antibiorésistance?

Le 03 avril 2013 par Romain Loury
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L'Europe utilise des produits décontaminants depuis début février
L'Europe utilise des produits décontaminants depuis début février

Les traitements de décontamination de la viande, tels que l’acide lactique récemment autorisé en Europe, pourraient favoriser l’antibiorésistance des bactéries qui y sont naturellement présentes, selon une étude espagnole publiée dans la revue Food Microbiology.

Si les abattoirs américains recourent largement aux produits décontaminants, l’Europe n’a franchi le pas que début février, en autorisant l’usage d’acide lactique afin de réduire la présence bactérienne sur les carcasses de bœuf (voir le JDLE). Si la question a autant divisé les Etats membres de l’UE, c’est, entre autres, en raison d’un possible relâchement des pratiques d’hygiène tout au long de la chaîne alimentaire.

Or ce type de traitement décontaminant pourrait engendrer un autre problème sanitaire, celui d’une émergence de bactéries résistantes aux antibiotiques, suggère une nouvelle étude espagnole. Un risque tout juste survolé par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) dans son avis publié en juillet 2011 sur l’acide lactique: tout en indiquant disposer de très peu de données à ce sujet, elle estimait «peu probable» que le problème soit d’importance.

A la décharge de l’Efsa, il est a priori peu facile d’imaginer comment un agent chimique pourrait favoriser des résistances à des agents biologiques comme les antibiotiques. Une idée pourtant pas si inconcevable, estime l’équipe de Carlos Alonso-Calleja, de l’université de León (Espagne), et ses collègues: les bactéries peuvent aussi développer des résistances à ces agents chimiques, et ce en diminuant la perméabilité de leur membrane; or ce mécanisme est également impliqué dans la résistance aux antibiotiques.

D’où l’idée qu’un traitement chimique puisse favoriser l’émergence de bactéries qui soient résistantes non seulement à lui, mais aussi à des antibiotiques. C’est du moins ce que suggère l’étude espagnole, menée sur des cuisses de poulet trempées pendant 15 minutes dans une solution décontaminante: 5 jours plus tard, les bactéries ayant repoussé à leur surface étaient en moyenne résistantes à 4,68 antibiotiques, contre 3,44 pour la viande contrôle -traitée à l’eau du robinet.

Cette résistance accrue concernait l’ensemble des antibiotiques évalués, tous très utilisés en médecine humaine[1]. «Ces résultats suggèrent que les décontaminants chimiques pourraient favoriser l’émergence, la sélection et/ou la prolifération de souches antibiorésistantes au sein des populations microbiennes présentes sur la viande de volaille», commentent les chercheurs.

Selon eux, c’est dans les replis à la surface de la viande que l’antibiorésistance a le plus de chances d’apparaître, là où les produits décontaminants ont le plus de mal à pénétrer. Du pain béni pour les bactéries qui y nichent, ainsi soumises à des concentrations insuffisantes pour les tuer, mais suffisantes pour accroître leur antibiorésistance.

Si l’acide lactique ne figure pas parmi les 4 produits décontaminants testés -phosphate trisodique, chlorure de sodium acidifié, acide ascorbique, acide citrique-, les chances sont toutefois élevées qu’il ait le même effet, en raison de sa nature similaire. De plus, la hausse d’antibiorésistance était équivalente pour les 4 agents inclus dans l’étude.


[1] l’ampicilline-sulbactam, l’amoxicilline-acide clavulanique, le céfotaxime, le triméthoprime-sulfaméthoxazole, la tétracycline, la ciprofloxacine et la nitrofurantoïne

 



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