Achats de terres étrangères: désastres en vue

Le 26 mars 2012 par Stéphanie Senet
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40% des terres du Sud-soudan ont été vendues à des investisseurs étrangers selon la minsitre sud-africaine de l'agriculture
40% des terres du Sud-soudan ont été vendues à des investisseurs étrangers selon la minsitre sud-africaine de l'agriculture

Selon des experts, l’accaparement des terres à l’étranger augmente les risques sur l’environnement et sur la sécurité des pays touchés, l’Afrique en première ligne.

Selon le Land Matrix Project, qui regroupe plusieurs organisations recensant les données existantes sur l’acquisition des terres dans le monde, 203 millions d’hectares sont passés sous contrôle étranger entre 2000 et 2010, par l’intermédiaire de ventes ou de locations de longue durée. Cela représente près de 4 fois la superficie de la France métropolitaine.

Les pays les plus intéressés sont la Chine, l’Inde, la Corée du Sud et les économies pétrolières du Golfe en quête de terres agricoles pour répondre à la demande alimentaire croissante.

Les pays les plus touchés (66% des transferts) appartiennent au continent africain, et en particulier l’Ethiopie, le Libéria, le Mozambique et le Soudan. Pour mémoire, le Sud-coréen Daewoo avait projeté, en novembre 2008, de louer 1,3 Mha sur l’île de Madagascar pour faire du maïs. Ce projet controversé avait précipité la chute du président malgache Marc Ravalomanana et a été finalement jeté aux oubliettes.

L’Asie est aussi concernée. Elle représenterait 14% des transactions mondiales mais les experts du Land Matrix Project préfèrent se montrer prudents sur ce chiffre, compte tenu de «l’opacité du marché».

De son côté, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) nuance le phénomène. Paul Mathieu, l’un de ses experts, estime que l’envolée a eu lieu en 2008 et 2009, suite à la crise alimentaire mondiale, et que les ventes ont désormais légèrement décliné. Pourtant, l’ONG britannique Oxfam estime que les transactions, réalisées l’an passé, ont porté sur 80 Mha.

Toutefois, la perspective de voir la population mondiale s’accroître de 2 milliards de Terriens vers 2050, cumulée à une flambée des prix des carburants fossiles et à une demande croissante de nourriture, risque d’amplifier le processus. «C’est une bombe qui peut exploser si on ne s’en occupe pas», résume Paul Mathieu.

A première vue, ces acquisitions peuvent représenter un sésame pour des pays pauvres en quête d’amélioration de leur niveau de vie. Mais quelques (rares) enquêtes ont montré que très peu d’investissements étaient effectivement réalisés et que ce marché s’accompagnait au contraire de corruption et de dommages sur l’environnement.

Selon la Banque mondiale, qui s’est basée sur les ventes de terres effectuées par 14 pays en 2010, une exploitation agricole n’a effectivement démarré que sur 21% des superficies louées ou vendues.

Par ailleurs, le dernier rapport mondial des Nations unies sur l’eau, publié ce 26 mars, alerte sur la situation des pays d’Afrique de l’Ouest, en proie à la sécheresse, qui risquent d’être dévastés par les investissements en agro-carburant des pays occidentaux. Pour produire un litre d’éthanol à partir de canne à sucre, il faut en effet 18,4 litres d’eau et 1,5 mètre carré de terrain.

«A ce rythme, les acquisitions de terres agricoles conduiront les pays développés à tout simplement exporter leur empreinte eau pour produire des céréales et des aliments à bas prix», résume l’expert suédois Anders Jaegerskog, du Stockholm International Water Institute.

Ce phénomène n’est plus ni moins qu’une «nouvelle forme de colonisation », a déclaré, en décembre dernier, la ministre sud-africaine de l’agriculture lors des négociations climatiques de Durban. Tina Joemat-Pettersson a rappelé l’exemple du Sud Soudan, où 40% des terres ont été vendues à des investisseurs étrangers. Selon l’ONG Oxfam, elles y sont bradées à moins de 2,5 centimes d’euro l’hectare.

Ces acquisitions ont même des incidences sur la stabilité politique des pays africains. Selon la coalition d’ONG américaines Rights and Resources Initiative, elles ont même contribué à l’éclatement des guerres civiles au Soudan, au Libéria ou en Sierra Leone. Elle ajoute qu’il y a toutes les raisons de s’inquiéter sur l’explosion de nouveaux conflits dans de nombreuses autres régions.

 



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