Accord de Paris: saison 2

Le 22 avril 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les 196 Etats signataires disposent d'un délai d'un an pour ratifier l'accord de Paris.
Les 196 Etats signataires disposent d'un délai d'un an pour ratifier l'accord de Paris.
ONU

L’ONU a ouvert pour un an la ratification de l’accord de Paris, conclu à l’issue de la COP 21. Vrai succès diplomatique, ce texte n’engendra probablement pas la dynamique nécessaire pour engager une véritable décarbonation de nos sociétés.

160. Pas moins de 160 pays ont signé l’accord de Paris, à l’issue de la cérémonie ‘d’ouverture à la signature’ de l’accord de Paris, organisée ce vendredi 22 avril par Ban Ki-moon.

Politiquement, cette journée new-yorkaise est un succès pour le secrétaire général de l’ONU et les autorités françaises, représentées par le président de la République. Ces 160 pays (36 de moins qu’au Bourget, en décembre dernier) sont à l’origine, en effet, de 93% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Sauf accident, l’accord conclu le 12 décembre à l’issue de la COP 21, devrait donc entrer en vigueur. Les deux conditions nécessaire à cette entrée étant d’être ratifié par 55 pays au moins, responsables d’au moins 55% des rejets mondiaux. Nous y sommes presque. «Car signer n’est pas ratifier», a rappelé, jeudi, Jonathan Pershing, nouveau négociateur en chef des Etats-Unis.

L’Union européenne à la traîne

Et à chaque pays son système. Ayant réussi à éviter toute contrainte trop importante, Washington se contentera d’un processus administratif mené au sein du département d’Etat. En France, un projet de loi devrait être prochainement présenté en conseil des ministres, afin d’être adopté par le Parlement «d’ici l’été», a indiqué le président de la République. L’Union européenne devrait, comme souvent, se singulariser. Elle ne pourra officiellement ratifier l’accord qu’une fois que ses 28 membres auront fait de même. Il y a donc fort à parier que Bruxelles ratifiera l’accord de Paris au-delà du 22 avril 2017, date-butoir fixée par l’ONU. Pour le moment, seuls 15 petits pays ont signé et ratifié l’accord[1].

Un prix du carbone français, européen, mondial

Durant la cérémonie, de nombreux chefs de délégation y ont été de leur petit message. François Hollande s’est ainsi engagé à fixer «le plus vite possible» un prix du carbone, «d’abord en France, en Europe, puis ensuite dans le monde entier. C’est la condition pour que nous puissions faire apparaître une nouvelle économie.» Jeudi, le président de la République avait lancé le même appel, soutenu par les Premiers ministres canadien et éthiopien, la présidente chilienne, la chancelière allemande, le président mexicain, le président de la Banque mondiale et la directrice générale du FMI, Christine Lagarde.

«Des dons, pas seulement des prêts»

Le vice-Premier ministre chinois, Zhang Gaoli a réitéré l’engagement de l’Empire du milieu de stabiliser ses émissions d’ici 2030 (au plus tard). A l’origine du tiers des émissions, Pékin devrait ratifier l’accord de Paris avant le sommet du G20 d’Hanzou, en septembre. Un sommet au cours duquel quelques annonces sur le prix du carbone, justement, pourraient être faites.

Un brin mystérieux, le vice-Premier ministre russe Alexandre Khloponin a annoncé que la Russie préparait de nouveaux engagements à long terme (2050), ainsi que des plans d’adaptation et de nouvelle gestion des forêts.

Malgré son dynamisme en la matière, le nouveau Premier ministre du Canada a été avare de promesses. Justin Trudeau a juste annoncé que le pays à la feuille d’érable allait débloquer 2,5 milliards de dollars canadiens ?, sur 5 ans, pour financer l’aide à l’adaptation des pays les plus vulnérables. Quelques minutes plus tôt, François Hollande avait annoncé son intention de faire passer les financements climatiques français à l’international de 3 à 5 milliards d’euros d’ici 2020. «Et il y aura des dons, pas seulement des prêts.»

De la croissance à la décroissance

Quelles suites attendre de cette cérémonie? D’abord, une ratification rapide des pays signataires, sans laquelle l’accord n’aura pas force de loi. Ensuite, une mobilisation conjointe des Etats, des entreprises et des acteurs financiers. Car les efforts nécessaires pour stabiliser le réchauffement à 2°C et a fortiori 1,5°C sont colossaux. Bloomberg New Energy Finance estime à 12.100 Md$ (10.779 Md€) le montant de la facture globale, pour les 25 prochaines années. «Vaincre le changement climatique nécessitera probablement d’instaurer le plus important partenariat public-privé qu’on n’ait jamais vu», a souligné le secrétaire d’Etat américain John Kerry.

Dit autrement, l’Humanité doit dès à présent engager la décarbonation de son développement. Les engagements actuels pris par les 196 pays qui ont conclu l’accord de Paris nous mènent à un réchauffement de 3,5°C d’ici la fin du siècle. Atteindre les objectifs fixés par l’accord suppose, rappelle une étude de Climate Interactive, d’abattre nos rejets carbonés de 3,2% par an, si nous commençons tout de suite, et de 4,6% par an, si nous retenons notre bras carbonique encore une dizaine d’années. Entre 2013 et 2014, les rejets carbonés mondiaux ont encore progressé de 0,5%.



[1] Il s’agit de la Barbade, du Belize, des Fiji, de la Grenade, des Maldives, des îles Marshalls, de Maurice, de Nauru, de Palau, de la Palestine, de Saint Kitts & Nevis, de Sainte Lucie, de la Somalie, de Samoa et du Tuvalu. Ensemble, ils sont à l’origine de 0,3% environ des émissions mondiales.

 



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