Accord de Paris: qui veut quoi?

Le 11 décembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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La COP21 devait s'achever vendredi 11 décembre à 18 h.
La COP21 devait s'achever vendredi 11 décembre à 18 h.
VLDT

Tout le monde ne parle pas d'une seule voix à la COP21. Ce qui explique que parfois plus personne n'y cromprend rien. Décryptage subjectif.

Pour paraphraser le héros d’un des meilleurs films de Sergio Leone, le monde se divise en trois catégories de pays: ceux qui veulent un accord très ambitieux, ceux qui veulent un accord et ceux qui n’en veulent pas (sans pouvoir le dire ainsi).

Dans le premier lot, on trouve évidemment les Etats îliens (du Pacifique, des Caraïbes et de l’océan Indien) et de nombreux pays africains. Palau, la Barbade, l’île de la Grenade, Trinidad et Tobago, le Nigeria ou la Gambie veulent que l’accord de Paris limite à 1,5°C le réchauffement entre l’ère pré-industrielle et la fin du siècle. Un objectif mis en doute par nombre de climatologues et par la… Russie.

Plus souples, les Iles Marshall, la Colombie, le Mexique et l’Union européenne militent plutôt pour une réduction des émissions, comprise entre 40 et 70% entre 1990 et 2050.

L'Egypte, un presque modèle

Porte-parole du Groupe des 77 + la Chine, l’Afrique du Sud est un partenaire difficile mais constructif pour la présidence française de la COP 21. Pretoria défend des positions fortes sur l’atténuation et demande que les promesses faites par les Etats dans leurs INDC[1] soient obligatoirement mises en œuvre. Sur la même longueur d’onde que le G77 (dont ils sont membres), Brésil et Angola appellent à la signature rapide d’un accord et ont fait des propositions pour faire aboutir les négociations.

L’Egypte fait presque office de modèle: elle est favorable à la limite du 1,5°C, soutient une évolution du concept de différenciation ainsi que les systèmes financiers proposés dans le texte présentés dans la soirée du 10 décembre. Seul point qui distingue le pays de Pharaon des Etats les plus en pointe: son refus mordicus du concept de neutralité climatique. Pour le Caire, c’est aux pays les plus développés de payer, responsabilité historique oblige!

Grand Satan

Pour les «climateux», l’Arabie saoudite endosse le rôle du Grand Satan à la perfection. Ryad entend sabrer toute référence à des objectifs à long terme inférieurs aux 2°C de réchauffement. Le Royaume wahhabite voudrait noyer dans le sable (ou dans l’huile de naphte) toute référence aux révisions quinquennales des INDC ainsi qu’à la finance carbone. Armés de leur stylo-correcteur, les négociateurs saoudiens tentent de biffer tout paragraphe appelant la communauté internationale à réduire ses subventions aux énergies fossiles ou ses investissements «haut carbone».

Pays clé, l’Inde joue un jeu ambigu. New Delhi se bat bec et ongles pour ne pas contraindre les pays à réviser régulièrement leur INDC. Ferme partisane de la différenciation à la mode de la convention, la plus grande démocratie du monde est très défavorable à ce que les pays émergents participent au financement de l’adaptation des pays les plus pauvres. Pour l’Inde, seuls les pays les plus anciennement industrialisés doivent payer et beaucoup plus qu’ils ne le font actuellement. Car les évaluations de la finance climat occidentale ne valent rien, a rappelé Prakash Javadekar, le ministre indien du changement climatique, «puisque les chiffres sont comptabilisés deux fois».

Copenhague in my mind

Venezuela et Bolivie sont craints par les négociateurs français: ces deux Etats furent parmi les 6 à voter contre l’accord de Copenhague, en décembre 2009, empêchant ainsi son adoption en bonne et due forme par la COP 15. Depuis, l’activisme des deux républiques bolivariennes ne s’est pas démenti. Ces derniers jours, le Venezuela a demandé la mise entre crochets systématique de tout paragraphe appelant à la révision des INDC.

Socialisme oblige, Caracas est l’un des pays les plus opposés à la mise en place de mécanismes de marché dans l’accord de Paris. Trois sont pourtant prévus dans la version diffusée le 10 décembre. Moins active que son voisin, la Bolivie soutient avec acharnement la conception de la différenciation introduite en 1992 par la convention. Soutenue d’ailleurs en cela par le bouillant représentant de Malaisie, Gurdial Singh Nijar, qui rappelle sans cesse que «le monde n’a pas bougé» depuis 1992. Le croit-il seulement?



[1] Intended nationally determined contributions (contributions décidées à l’échelle nationale)

 



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