Accord de Paris: le nécessaire sursaut agricole

Le 18 mai 2016 par Romain Loury
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Le +2°C, c'est pas gagné
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Sans réduction des émissions de gaz à effet de serre agricoles, il sera difficile d’atteindre l’objectif de l’accord de Paris, celle d’une hausse de température inférieure à +2°C, voire +1,5°C. Or l’effort agricole nécessaire, pour la première fois chiffré dans la revue Global Change Biology, semble bien ardu.

L’agriculture contribue à une part importante des émissions de GES, de l’ordre de 35% dans les pays en développement et de 12% dans les pays développés, soit environ 25% au niveau mondial. Ou plutôt 11%, en excluant les changements d’usage des sols, c’est-à-dire en n’incluant que le méthane (riziculture, élevage), le protoxyde d’azote (engrais azotés) et la séquestration de carbone par les plantes cultivées.

Si 119 pays ont inclus la thématique agricole dans leurs engagements de réduction (les INDC) soumis en vue de la COP21, le sujet reste toutefois étonnamment peu évoqué parmi les pistes d’atténuation, bien moins que l’énergie et au transport. Or sans effort de ce côté-là, l’objectif fixé par l’accord de Paris, celui d’une hausse restreinte à 2°C, si possible 1,5°C, sera encore plus difficile à atteindre.

Une cible bien ambitieuse

Dans leur étude, des experts du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR) et de l’Institut international d’analyse des systèmes appliqués (IIASA) ont pour la première fois dressé les estimations de réductions nécessaires de GES agricoles. Leurs conclusions ne sont pas réjouissantes: hormis les changements d’usages des sols, il faudrait réduire de 11% à 18% les émissions agricoles annuelles d’ici 2030, soit un gigatonne équivalent CO2 (GteqCO2) de moins que les 7,5 à 9 GteqCO2 attendus à cette échéance.

Or les techniques actuellement disponibles, dont l’intensification durable de l’élevage, l’usage plus raisonné de l’eau dans la riziculture, l’utilisation plus efficace des engrais, voire la relocalisation des productions, n’y suffiront pas. Selon les chercheurs, ces méthodes d’atténuation ne permettraient d’atteindre que 21% à 40% de la cible de 1 GteqCO2.

Les chercheurs évoquent d’autres pistes actuellement à l’étude, notamment des inhibiteurs de méthane, qui réduisent jusqu’à 30% les émissions par le bétail, l’identification de nouvelles variétés de bovins dégageant moins de ce gaz, la création de nouvelles souches de blé et de maïs inhibant la formation de protoxyde d’azote, ou encore la gestion de interactions entre sol et flore microbienne pour améliorer la rétention du carbone par le sol.

Changer le paysage alimentaire

Même avec ces dernières méthodes, au stade de la recherche, les experts estiment qu’il faudrait aller plus loin. Selon eux, cela passe par une réduction du gaspillage alimentaire: en l’abaissant de 15%, on pourrait atteindre une réduction des émissions allant jusqu’à 2 GteqCO2/an, selon une précédente étude. Une modification du régime alimentaire pourrait épargner jusqu’à 1,37 QteqCO2/an. Et en rationnalisant les chaînes d’approvisionnement, on atteindrait, rien que pur le bétail, une baisse de 1,77 GteqCO2/an.

Pour Pete Smith, co-auteur de l’article exerçant à l’université d’Aberdeen (Royaume-Uni), «réduire les émissions agricoles sans compromettre la sécurité alimentaire, c’est quelque chose que nous savons faire. Nous pouvons déjà faire beaucoup avec les meilleures méthodes actuelles de gestion. La partie la plus compliquée, c’est de réduire ces émissions d’un facteur de 2 à 5, et d’aider les agriculteurs à changer leurs pratiques dans les 10 à 20 prochaines années».



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