Accord de Paris: Donald Trump à contretemps sur l’emploi

Le 02 juin 2017 par Romain Loury
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Les chiffres tronqués de Trump
Les chiffres tronqués de Trump
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Pour justifier le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris, Donald Trump affirme qu’il fera perdre de la croissance et des emplois aux Américains. Des assertions battues en brèche par de nombreux experts.

L’environnement, ennemi mortel de l’emploi et de l’économie: Donald Trump connaît ses classiques. Dans son allocution, prononcée jeudi 1er juin pour annoncer le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris, il a affirmé que le pays pourrait perdre 2,7 millions d’emplois d’ici 2025, dont plus d’un million dans le secteur industriel. D’ici à 2040, ce sont 31,6 millions d’emplois qui se volatiliseraient, avec des baisses de production dans plusieurs secteurs: papier (-12%), ciment (-23%), fer/acier (-38%) et bien sûr charbon (-86%).

Un rapport controversé

D’où proviennent ces chiffres? D’un rapport publié fin mars par un cabinet de conseil américain, National Economic Research Associates (NERA). Citée à plusieurs reprises ces derniers mois par les partisans d’un retrait de l’Accord de Paris, l’étude n’est pas exempte de défauts méthodologiques, loin de là. Fin mai, plusieurs économistes spécialistes de l’environnement en ont ainsi pointé les nombreuses failles, alors que les sénateurs républicains Ted Cruz et Rand Paul y faisaient largement référence dans leurs plaidoyers pro-retrait.

Pour Gary Yohe, professeur d’économie et de sciences de l’environnement à l’université Wesleyenne (Connecticut), cette étude de la NERA présente tous les défauts d’une analyse 'business as usual': le secteur industriel est considéré comme ne faisant rien pour s’adapter à la nouvelle donne, attitude rigide bien éloignée de la réalité.

De plus, tout prouve au contraire le découplage entre émissions de GES et emploi: depuis 2006, les émissions américaines ont diminué de 14%, tandis que le taux de chômage est passé de 9% à 4,4%, rappelle l’économiste.

Des hypothèses éloignées de la réalité

L’étude de la NERA affirme par ailleurs que l’industrie sera tenue de réduire ces émissions de 40% d’ici à 2025, par rapport à 2005. Ce qui est bien loin de l’objectif de 26%, avancé par les Etats-Unis pour l’ensemble du pays –pas uniquement pour l’industrie. Le tout en imaginant, contre toute évidence, que l’innovation en faveur des énergies propres pourrait connaître un net ralentissement, alors que l’Accord de Paris vise justement à la stimuler encore plus.

Point aussi très critiqué par les experts, l’étude de la NERA ne tient compte ni des dégâts qu’endurera l’économie américaine du fait du réchauffement, ni des effets positifs qu’entraîne sur l’emploi le secteur des renouvelables, en plein boom aux Etats-Unis comme dans le monde.

Les renouvelables en plein boom

Selon le rapport annuel sur l’emploi publié le 24 mai par l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (Irena), le secteur étatsunien des renouvelables est pourtant florissant: en 2016, il employait 777.000 personnes, dont 220.000 dans le seul secteur photovoltaïque. En termes d’emploi, celui-ci a d’ailleurs connu une hausse de 24,5% en un an, soit 17 fois plus élevé que la croissance économique du pays!

Selon un rapport publié en janvier par le département américain de l’énergie (DOE), le charbon employait 160.000 personnes en 2016, le pétrole 515.000 et le gaz près de 400.000. Soit près de 1,1 million d’employés dans les énergies fossiles, contre environ 800.000 dans les énergies bas-carbone –en incluant le nucléaire et ses 77.000 employés.

Le couplage économie/climat

Le 23 mai, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) soulignait quant à elle les bénéfices à allier économie et lutte contre le réchauffement: «rapprocher l’action en faveur de la croissance de celle qui vise le climat, au lieu de traiter ce dernier séparément, pourrait accroître le PIB [produit intérieur brut] des pays du G20 de 1% d’ici à 2021 et de 2,8% d’ici à 2050. Si l’on prend en compte les retombées économiques positives de l’élimination de certains effets du changement climatique, comme les dommages imputables aux inondations côtières et aux tempêtes, l’augmentation nette du PIB en 2050 est proche de 5%».

Hasard du calendrier, une étude publiée jeudi 1er juin dans la revue Renewable & Sustainable Energy Reviews révèle que passer du charbon au photovoltaïque permettrait de sauver 52.000 vies chaque année aux Etats-Unis, du fait d’une meilleure qualité de l’air. Un chiffre étrangement absent du discours de Donald Trump.



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