Accord de Copenhague: officialisation des objectifs de 56 pays

Le 03 février 2010 par Victor Roux-Goeken
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Malgré la publication hier des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 de 56 pays, les négociations climatiques peinent à trouver un nouveau souffle. Par ailleurs, seule une petite partie des financements français et britannique à la lutte contre le changement climatique des pays en développement serait additionnelle.

Le secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc) a publié hier les objectifs de réduction d’émissions de GES d’ici 2020 de 56 pays – et non 55, comme il l’a écrit dans son communiqué. Ces pays représentent 78% des émissions mondiales issues de la combustion d’énergie.

Selon l’accord de Copenhague adopté le 18 décembre dernier (1), les 194 parties de la Ccnucc avaient jusqu’au 31 janvier pour officialiser leurs engagements de réduction d’émissions dans deux annexes de l’accord: l’annexe 1, dédiée aux pays industrialisés, et l’annexe 2, pour les pays émergents ou en voie de développement.

Union à 27 incluse, 36 pays industrialisés ont rempli les cases de l’annexe 1: Australie, Canada, Croatie, Japon, Kazakhstan, Nouvelle-Zélande, Norvège, Russie et Etats-Unis. Selon les Etats, objectif de réduction et année de référence différent grandement.

Ainsi, 30 pays –dont l’UE– annoncent deux objectifs. Un premier qu’ils s’engagent à réaliser quoi qu’il arrive; un second, conditionnel, en cas d’accord international ambitieux: Australie (de -5% à -15 ou -25%), Union européenne à 27 (-20 à -30%), Norvège (-30 à -40%) et Russie (-15 à -25%). Tous ces pays ont pour base de référence 1990, année de référence du protocole de Kyoto, à l’exception de l’Australie (2000).

Les 6 autres pays n’annoncent qu’un seul objectif: comme les Etats-Unis, le Canada prévoit d’aller jusqu’à -17% par rapport à 2005, «en vue d'être aligné avec l'objectif de réduction d'émissions final des Etats-Unis dans la législation en vigueur». Cette législation reste encore à adopter… Croatie, Japon et Nouvelle-Zélande vont respectivement réduire leurs émissions de 5%, 25% et 15% par rapport à 1990. Le Kazakhstan, de 15% par rapport à 1992.

Les 20 pays émergents ou en développement de l’annexe 2 n’ont pas annoncé de tels objectifs, mais des Actions nationales appropriées de réduction de leurs émissions (Namas, pour Nationally appropriate mitigation actions). Elles sont plus ou moins détaillées, et font parfois appel à l’aide financière internationale.

Y figurent Afrique du Sud, Brésil, Chine, Congo, Corée du Sud, Costa Rica, Ethiopie, Géorgie, Inde, Indonésie, Israël, Jordanie, Macédoine, Madagascar, Maldives, îles Marshall, Maroc, Moldavie, Sierra Leone et Singapour.

Ainsi, le Costa Rica ne précise nullement comment il compte réduire de 100% ses émissions d’ici 2021. Contrairement à d’autres pays, comme le Brésil, qui détaillent et quantifient largement les émissions que leurs actions vont leur permettre d’éviter.

Toutefois, la publication de ces promesses d’engagements ne satisfait pas. «L’écart se creuse entre l’objectif scientifique des 2°C [hausse maximale de la température planétaire recommandée par le Giec (2) d’ici 2100] et les objectifs politiques annoncés qui nous emmènent vers 3, voire 4°C d’augmentation de la température globale, constate le Réseau action climat-France dans un communiqué du 1er février. L’écart à combler est de 2 à 5 gigatonnes au minimum. A titre d’exemple, les émissions annuelles de l’Union européenne en 2007 étaient de 4 gigatonnes!»,

Par ailleurs, les promesses de financements internationaux d’aide à la lutte contre le changement climatique des pays en développement seront à nuancer fortement si elles ne consistent qu’en recyclage de fonds d’aide au développement. A la veille du sommet de Copenhague, l’Union européenne avait déclaré qu’elle contribuerait à hauteur de 7,2 milliards d’euros au fonds de financement «fast-start» de 30 milliards de dollars pour la période 2010-2012, inscrit dans l’accord de Copenhague (3).

Alors que la France avait promis de contribuer à hauteur de 1,26 milliard au fonds européen, seuls 150 millions d’euros (12%) s’ajouteront à des lignes de crédit déjà programmées par l’Agence française de développement, écrit Le Monde dans son édition du 1er février. Et l’action de l’AFD cible essentiellement les pays émergents, et non les plus pauvres ou insulaires, ajoute le quotidien du soir… Le Royaume-Uni procéderait à un même recyclage, selon The Guardian. Plus de la moitié du 1,2 milliard d'euros annoncé par le pays figure déjà dans les comptes de l'aide au développement…

Comment les négociations post-Copenhague vont-elles rebondir? La prochaine session de négociations aura lieu fin mai 2010 à Bonn (Allemagne), mais plusieurs Etats ont indiqué leur souhait de revenir rapidement à la table des négociations avant cette échéance, selon la Cnucc. Elle «cherche des lignes directrices plus précises de la part des Etats», d’après son secrétaire exécutif Yvo de Boer.

(1) Dans le JDLE «Copenhague s’achève sur un accord politique non contraignant»
(2) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
(3) Dans le JDLE «L’UE promet 2,4 milliards d’euros par an jusqu’en 2013 aux pays pauvres»


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