Accélération du réchauffement en Bourgogne depuis 30 ans

Le 29 août 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La Romanée-Conti : l'un des plus petits et des plus anciens domaines viticoles du monde.
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En se basant sur la date des vendanges, des chercheurs ont reconstitué l’évolution du climat autour de la ville de Beaune depuis le milieu du XIVe siècle. Ce travail statistique révèle un réchauffement récent et rapide sur la Bourgogne.

 

C’est un formidable saut en arrière qu’ont effectué 6 spécialistes des climats anciens. Dans un article publié par la revue Climate of the past, l’équipe dirigée par Thomas Labbé (MSHD, université de Bourgogne) reconstitue l’évolution des dates de vendanges dans la région de Beaune de 1354 à 2018. «C’est la plus longue série de ce type dans le monde», confie le chercheur au JDLE.

Ce genre de travaux n’est pas une première. L’historien Emmanuel Le Roy Ladurie avait ouvert la voie en piochant dans les archives de la région de Dijon. L’ancien président de la Bibliothèque nationale de France avait ainsi reconstitué l’évolution locale du climat depuis l’an 1000. Un travail colossal dont il reconnaît, lui-même, l’imprécision à certaines époques. De grandes surfaces de vignes ont en effet disparues des faubourgs de la capitale de la Bourgogne, avalées par l’urbanisation et le phylloxera. Ce qui nuit à l’homogénéité du terrain de recherche. Tel n’est pas le cas de Beaune (à 45 km au sud de Dijon), toujours encerclée de vignobles anciens.

étés chauds vendanges précoces

Thomas Labbé et son équipe ont dépouillé les comptes des institutions religieuses (grandes productrices de vins), les édits de polices municipales et les bancs de vendanges de la région de Beaune. Après une décennie de compilation, les chercheurs retracent l’évolution des dates de vendanges, un excellent indicateur des changements climatiques. «Quand le printemps et l’été sont chauds, les vendanges sont précoces. Quand le printemps et l’été sont frais, elles sont tardives», résume l’historien.

De 1354 à 1987, les vendanges commençaient généralement autour du 28 septembre. Etonnant, si l’on se souvient que durant ces 6 siècles l’Europe et la Bourgogne ont traversé des périodes plus ou moins chaudes: de la fin de l’optimum médiéval (14e siècle) au petit âge glaciaire qui prendra fin au début du XXe siècle.

13 jours d’avance

Finalement, les effets du réchauffement se retrouvent depuis le début de la décennie 1990. Voilà près de 30 ans, en effet, que l’on débute les vendanges, autour des Hospices les plus célèbres du monde, à la mi-septembre: avec 13 jours d’avance par rapport aux siècles précédents. «Nous ne nous attendions pas à ce que la tendance accélérée au réchauffement depuis le milieu des années 1980 se manifeste aussi clairement dans la série», déclare Christian Pfister (Centre Oeschger de recherche sur le changement climatique de l'Université de Berne), co-auteur de l’étude.

«L'analyse de la série montre que les années très chaudes et sèches étaient rares dans le passé, mais sont devenues la norme au cours des 30 dernières années», poursuit Thomas Labbé. Ces données ont été confrontées à d’autres séries européennes: dendrochronologiques notamment. «Il y a une assez bonne corrélation entre elles», se réjouit-il. Un seul regret : des années froides ou des années chaudes, l’étude ne dit pas quand le vin de Bourgogne a été le plus gouleyant.

 



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