Abeilles: un cocktail de pesticides enfin caractérisé

Le 10 octobre 2016 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
93 pesticides détectés
93 pesticides détectés

Pour la première fois, une équipe américaine a caractérisé l’exposome des abeilles en matière de pesticides. Publiés dans la revue Scientific Reports, ces travaux confirment que plus la colonie est contaminée, moins elle a de chances de survivre.

Jusqu’alors, les travaux analysant l’impact des pesticides sur la santé des abeilles portaient sur des produits individuels, analysés les uns après les autres. Or, comme pour les perturbateurs endocriniens, une telle approche néglige le fait que ces «super-organismes» que sont les colonies ne sont pas soumis à un seul produit, mais à des dizaines.

Dans son étude portant sur 91 colonies suivies pendant une saison, l’équipe  de Dennis vanEngelsdorp, entomologiste à l’université du Maryland, a quant à elle étudié l’exposome, à savoir l’ensemble des pesticides présents dans diverses matrices (corps des ouvrières, pain d’abeille[i], cire). Au total, ils ont retrouvé pas moins de 93 substances, telles que fongicides, herbicides et insecticides.

Les chercheurs ont utilisé trois mesures d’exposome: le nombre de molécules présentes, le nombre de celles dépassant un seuil de toxicité et un «quotient de risque» -indice mesurant la toxicité du mélange retrouvé dans chaque matrice. Pour chacune des trois, le verdict est identique: à contamination plus élevée, le risque de mortalité de la colonie grimpe, comme celui de voir la reine dépérir au cours de la saison.

Annus horribilis pour les papillons d’outre-Manche: selon les résultats du Big Butterfly Count -comptage annuel réalisé en été par plus de 36.000 volontaires- dévoilés lundi 10 octobre, ces insectes auraient connu une très mauvaise année 2016. Sur les 20 espèces les plus abondantes, 11 ont enregistré un déclin de leurs effectifs, s’élevant jusqu’à 55%. Un phénomène que les experts de l’ONG Butterfly Conservation, à l’origine de l’opération, peinent à s’expliquer: le climat de cet été, chaud et sec, semblait plutôt favorable aux papillons.

Les fongicides en première ligne

Plus surprenant, les fongicides apparaissent comme les molécules les plus souvent impliquées dans la mortalité. Plusieurs travaux ont en effet révélé que ces substances, censées n’agir que contre les champignons et les moisissures, n’étaient pas si inoffensives pour les abeilles: dans un rapport publié en septembre 2015, l’Anses[ii] rappelait que certains d’entre eux inhibaient la détoxification de l’organisme et pouvaient ainsi accroître l’effet d’autres produits –dont les insecticides.

Les chercheurs ont en revanche découvert peu de néonicotinoïdes, dont la toxicité pour les abeilles ne fait pourtant plus de doute: seuls 6 échantillons de cire étaient positifs, avec de faibles doses. Au vu de la forte utilisation de ces insecticides, les chercheurs n’excluent pas d’être passés à côté, soit parce qu’ils abonderaient plus dans d’autres matrices non analysées (par exemple le nectar), soit parce qu’ils se dégraderaient rapidement après la collecte.



[i] Mélange de pollen, de miel et de ferments lactiques qui sert de nourriture aux abeilles

[ii] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus