Abeilles: quand les jeunes s’épuisent à la tâche

Le 10 février 2015 par Romain Loury
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Les abeilles victimes du jeunisme
Les abeilles victimes du jeunisme
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Comment expliquer qu’une ruche apparemment bien portante se trouve soudain vidée de toutes ses abeilles? Si les facteurs d’un tel effondrement sont connus, une équipe britannique en explique pour la première fois les mécanismes, lors d’une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas).

 

Parasites, changements climatiques, raréfaction des fleurs qu’elles affectionnent, et bien sûr pesticides de la famille des néonicotinoïdes: les abeilles sont soumises à rude épreuve, victimes d’une mortalité massive depuis les années 1990. Toutefois, comment expliquer que l’effondrement des ruches survienne de manière abrupte, passant rapidement d’un apparent état sain à l’absence totale d’abeilles, et non continue?

Selon l’équipe d’Andrew Barron, biologiste à la Queen Mary University de Londres, «l’effondrement d’une colonie constitue la chute d’une société. En son sein, les abeilles interagissent de telle manière que le système soit maintenu, un phénomène souvent décrit comme ‘superorganisme’. Comprendre pourquoi et comment les colonies s’effondrent nécessite plus qu’une analyse de la réponse individuelle d’une abeille à un stress», expliquent les chercheurs.

Plus jeunes, mais moins costaudes

Comme l’ont révélé d’autres travaux, les abeilles répondent au stress (maladies dans la ruche, surmortalité des aînées, moindre quantité de pollen, etc.) en partant butiner plus jeunes. En temps normal, ce n’est pas avant 2 à 3 semaines d’âge adulte qu’elles s’en vont récolter de la nourriture, après s’être consacrée à des activités d’intérieur, en particulier l’entretien du couvain.

Or moins robustes que leurs aînées, les jeunes abeilles, celles âgées de moins de deux semaines, s’avèrent de moins bonnes butineuses: souvent plus lourdes, leurs muscles n’ont pas suffisamment mûri et leur vol est bien moins assuré. C’est ce que confirment les chercheurs, qui ont détecté les mouvements d’abeilles grâce à des puces RFID installées sur leur dos: âgées de moins de deux semaines, les butineuses précoces effectuent des vols moins nombreux mais plus longs, et passent au final moins de temps en  dehors de la colonie. Et leurs chances de survie à l’extérieur se réduisent avec l’âge.

Lorsque le stress persiste, la colonie s’épuise progressivement, sans que l’effet en soit apparent dans un premier temps. «Les butineuses sont de plus en plus jeunes, de moins en moins efficaces, jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus approvisionner la colonie. S’ensuit alors un déclin très rapide, dans lequel les dernières butineuses meurent très rapidement, abandonnant le couvain», expliquent les chercheurs, au terme de modélisations retraçant fidèlement la réalité.

Nourrir la ruche pour empêcher la chute?

Comment empêcher que ce rajeunissement des butineuses, mécanisme naturel de réponse à un stress, n’entraîne finalement la chute de la ruche? Selon les modélisations des chercheurs, le plus efficace serait d’apporter des aliments à la ruche.

Bloquer le rajeunissement des butineuses, par exemple par des phéromones, empêcherait au contraire l’approvisionnement, et accélèrerait la chute. Quant à l’apport de couvain, il n’est légèrement efficace qu’à petite dose, car il accroît les besoins alimentaires de la ruche.

Pour autant, les solutions proposées par les chercheurs ne consistent qu’à aider la ruche à répondre à un facteur de stress, et non à éliminer celui-ci. Ce qui est souvent plus compliqué, comme en témoigne l’actualité récente: mercredi 4 février, le Sénat a ainsi rejeté à une forte majorité une proposition de résolution écologiste appelant le gouvernement à soutenir au niveau européen la suspension de tous les néonicotinoïdes, pour tout usage.



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