Abeilles: la mortalité mieux connue

Le 08 avril 2014 par Romain Loury
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Une mortalité très variable en Europe
Une mortalité très variable en Europe
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L’étude EPILOBEE, la première d’une telle ampleur à évaluer la mortalité des abeilles domestiques en Europe, confirme les craintes des apiculteurs… mais rassure la Commission européenne.

Financée par la Commission européenne et conduite par le laboratoire de l’Anses de Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes), laboratoire de référence de l’Union européenne (LRUE) pour la santé des abeilles, EPILOBEE a permis d’évaluer la mortalité de ces insectes dans près de 31.900 colonies, soit 3.284 ruchers répartis dans 17 pays de l’UE.

Rendus publics lundi à Bruxelles à l’occasion d’une conférence sur la santé des abeilles, ses premiers résultats, couvrant la période automne 2012/été 2013, livrent un bon aperçu de la mortalité au niveau européen. Premier constat: de très grandes variations d’un pays à l’autre, avec une mortalité hivernale allant de 3,5% en Lituanie à 33,6% en Belgique (14,1% en France) [1].

L’analyse montre un gradient sur le continent, avec les plus forts taux de mortalité au nord de l’Europe, les plus faibles au sud. Ce qui suggère aux chercheurs un effet de la température: «pour l’instant, on n’explique rien, mais il est vrai que l’hiver [2012-2013] aura été assez froid», rappelle au JDLE Magali Chabert-Ribière, responsable du projet EPILOBEE et chef de l’unité pathologie des abeilles au laboratoire de l’Anses.

Particulièrement optimiste quant à ces résultats, la Commission estime la situation «meilleure que celle attendue jusqu’alors». Pas si certain, corrige Magali Chabert-Ribière: deux tiers des pays dépassent le seuil de mortalité hivernale jugé acceptable (10%), celui en usage dans l’UE. «Ces chiffres ne nous paraissent pas mineurs», commente la chercheuse.

Contacté par le JDLE, le porte-parole de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), Henri Clément, va plus loin: «ces chiffres confirment ce que l’on observe en pratique, avec une mortalité annuelle de 30% à 40%». C’est en effet ce que l’on obtient dans plusieurs pays, lorsque l’on additionne les deux types de mortalité, celle hivernale et celle de saison: en France, on aboutit à 27,6%, un chiffre «extrêmement préoccupant», estime l’apiculteur cévenol.

Les néonicotinoïdes laissés de côté

Parmi les origines de cette mortalité, les pesticides néonicotinoïdes viennent aussitôt à l’esprit, «une cause prépondérante» pour Henri Clément [2]. Plusieurs syndicats d’apiculteurs ont d’ailleurs défilé mardi dernier à Paris afin d’en demander l’interdiction définitive –pour l’instant, elle ne s’applique que pour deux ans sur certaines cultures.

Or le projet initial soumis à la Commission par le laboratoire de l’Anses mentionnait l’analyse des néonicotinoïdes lors d’EPILOBEE. Cette version n’a finalement pas été retenue, pour des raisons de «faisabilité», reconnaît la Commission.

Le LRUE a pourtant développé des méthodes d’analyse de ces pesticides dans plusieurs «matrices apicoles», dont le corps de l’abeille, sa larve, le pain d’abeille (aliment de l’abeille, à base de pollen et de miel) et le miel, explique Magali Chabert-Ribière. D’autres laboratoires européens impliqués dans EPILOBEE ne disposaient en revanche d’une compétence que sur les abeilles, et non sur les pesticides, indique la chercheuse, qui évoque «une question de moyens».

Selon Henri Clément, la Commission «nous a expliqué qu’il n’y aurait pas d’étude sur les pesticides par le fait qu’il n’y avait pas assez d’argent, que c’était compliqué: c’est une façon de botter en touche, une volonté de ne pas trouver. J’espère qu’ils vont mener cette analyse lors des prochaines années».

Pour l’instant, les chercheurs sont en passe d’analyser leurs résultats de mortalité en fonction des facteurs relevés: température, utilisation de traitements vétérinaires, pratiques apicoles, environnement immédiat (grandes cultures, forêts, etc.). Et d’autres données de mortalité sont d’ores et déjà en cours de collecte pour l’année 2013-2014.

Quant aux bourdons et aux abeilles sauvages, non ciblés par EPILOBEE, la Commission indique qu’elle disposera de données à la fin de l’année, grâce aux travaux menés par l’Union internationale de conservation de la nature (UICN). Selon de premiers résultats annoncés mercredi dernier, 49% des espèces de bourdons  d’Europe seraient en déclin, et 24% sont menacées d’extinction.

[1] La mortalité dite «de saison», pendant le printemps et l’été, est elle aussi variable, allant de 0,3% en Lituanie à 13,5% en France.

[2] EPILOBEE livre en revanche des résultats rassurants quant à plusieurs maladies des abeilles, globalement sans grand impact.



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