Abeilles: 3 millions d’euros pour une filière qui bat de l’aile

Le 31 juillet 2018 par Marine Jobert
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Les essaims produits en France se sont rares.
Les essaims produits en France se sont rares.
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L’Etat va financer l’achat d’essaims, après les mortalités catastrophiques du printemps. Cautère sur jambe de bois, estime le principal syndicat apicole, si le modèle agricole basé sur les pesticides n’est pas remis en cause.

Trois millions d’euros. C’est la somme que Stéphane Travert a fini par concéder, lundi 30 juillet, aux apiculteurs qui criaient, depuis des semaines, leur désespoir devant leurs ruchers vides et leurs abeilles désorientées. Car en sortie d’hiver, le réveil a été rude dans plusieurs régions françaises: la mortalité était catastrophique. Pire encore que les années précédentes, pourtant déjà inquiétantes. Le 7 juin, le ministre de l’agriculture rencontrait les organisations syndicales. Les Hauts-de-France, la Bretagne et Nouvelle Aquitaine annonçaient en juillet débloquer des aides exceptionnelles pour soutenir leurs apiculteurs professionnels (aide à la restructuration bancaire, aide au renouvellement du cheptel). L’enveloppe gouvernementale, qui sera accordée à des conditions qui restent encore à discuter, servira à financer l'achat d'essaims.

Tardive reconnaissance du ministère

«C’est avant tout une annonce médiatique», soupire Gilles Lanio, le président de l’Union nationale de l’apiculture française, blasé par le temps mis par l’Etat pour prendre la mesure du désarroi de la filière. C’est qu’il aura fallu attendre le 26 juin pour que le ministère de l’agriculture reconnaisse enfin –et du bout des lèvres– la surmortalité hivernale. «Tout ou partie des régions Bretagne, Nouvelle-Aquitaine, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Bourgogne-Franche-Comté connaîtraient effectivement une augmentation des mortalités hivernales en 2017/2018 par rapport aux hivers précédents, cette augmentation semblant particulièrement importante en Bretagne et Nouvelle-Aquitaine», admettait le ministère dans un communiqué aujourd’hui introuvable sur son site. Une enquête nationale quantitative, réalisée par la plateforme nationale d'épidémio-surveillance en santé animale, est par ailleurs en cours jusqu’au 15 août inclus (ici), pour disposer de chiffres sur le niveau des mortalités durant l'hiver 2017/2018 et leurs causes possibles.

Mise sous perfusion de l’apiculture

Avec leurs colonies, la profession d’apiculteur pourrait-elle, elle aussi, disparaître? Si les chiffres concernant les défaillances des professionnels font défaut, les appels au secours ne manquent pas. «Les banques décrochent, me disait encore un jeune ce matin, raconte Gilles Lanio. Or nous avons besoin de trésorerie, car sans miel à proposer à la vente cette année, nous ne gagnerons pas d’argent en 2018. Et les jeunes en phase d’installation, qui ont beaucoup de créances, ne pourront pas compter sur des récoltes avant l’été 2019!» Dans ces conditions, les 3 millions d’euros, fléchés vers l’achat d’essaims, ne changeront pas la donne. D’autant que la France est «archi déficitaire en essaims, à cause justement de ces surmortalités», souligne l’apiculteur. «Vous en connaissez d’autres des éleveurs dont les animaux disparaissent chaque année et qui recommencent, l’année suivante, avec de nouveaux?...», interroge Gilles Lanio. Pour lui, cette «mise sous perfusion» de l’apiculture, à l’instar des autres secteurs de l’agriculture, est une fuite en avant. «La seule chose à faire, c’est de dépolluer le milieu truffé de pesticides. Il faut remettre en cause le modèle agricole», conclut-il.

 

 



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