Abattoirs: vidéosurveillance, formation et réforme de l’abattage rituel

Le 20 septembre 2016 par Marine Jobert
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Une tête de vache dans un abattoir.
Une tête de vache dans un abattoir.
DR

Après trois mois d’auditions, le rapport sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français a été rendu public. Installer des caméras, améliorer la formation des salariés et réformer l’abattage rituel font partie des pistes explorées.

Comment réformer les «boîtes noires» que sont les 960 abattoirs de France? C’est la question sur laquelle s’est penchée la commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français, -commission qui rendait publiques, ce 20 septembre, ses conclusions et 65 propositions. La mission a tour à tour auditionné le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, des dirigeants d’abattoir, des vétérinaires, des membres de l’administration, des syndicats agricoles, des dignitaires religieux, des chercheurs et des représentants d’associations de défense des animaux. Bien-être animal et bien-être humain s’y entremêlent, avec en arrière-plan une tentative pour rassurer une opinion publique très ébranlée par ce qu’elle a découvert de la réalité des souffrances infligées aux bêtes, grâce à des vidéos tournées dans les abattoirs (voir encadré).

L’association L214, largement à l’origine de cette commission d’enquête, a publié une nouvelle enquête, tournée lors des abattages rituels de moutons au moment de l’Aïd el-Kébir dans un abattoir de Nouvelle-Aquitaine. On y voit des égorgements à vif de moutons et des animaux accrochés encore vivants et conscients qui continuent à se débattre une fois suspendus à la chaîne. «Malgré le renforcement annoncé des contrôles, force est de constater que les animaux continuent de mourir dans des souffrances immenses, accentuées par plusieurs infractions à la réglementation», dénonce L214.

Réformer l’abattage rituel?

Sans vouloir s’engager sur le terrain d’une moindre consommation de viande, les députés admettent que la question du bien-être animal «est insuffisamment maitrisée des opérateurs d’abattage qui sont les premiers responsables de sa mise en œuvre». En particulier en ce qui concerne les étapes fondamentales de l’étourdissement et de la mise à mort des animaux. Sans remettre frontalement en question l’abattage rituel (qui bénéficie, en raison de la liberté constitutionnelle de pratiquer librement sa religion, d’une dérogation à l’obligation d’étourdissement), les députés estiment qu’il doit faire à nouveau l’objet d’un débat avec les représentants des cultes, «desquels doivent venir les changements». Et de préconiser une modification règlementaire, «afin de préciser que l’étourdissement réversible et l’étourdissement post-jugulation sont possibles en cas d’abattage rituel».

Ouvriers stigmatisés

Un ouvrier d’abattoir qui souffre est-il plus susceptible de faire souffrir un animal? «Bien-être humain et bien-être animal sont liés, estiment les députés. La pénibilité est insuffisamment reconnue, alors que les accidents et les maladies professionnelles y sont encore trop fréquents.» Ces métiers n’attirent pas, et ceux qui les exercent peuvent parfois être victimes de «stigmatisation». Revalorisation des métiers, renforcement des formations, meilleure sensibilisation au bien-être animal devraient être mises à l’ordre du jour.

Caméras de surveillance

Les élus pointent enfin l’insuffisance des contrôles des abattoirs, pour lesquels il manque des vétérinaires et une volonté claire de placer à égalité contrôle de la qualité sanitaire de la viande et protection animale. «Corollaires des contrôles, les sanctions doivent être renforcées en cas de non-respect de la réglementation afin de mettre fin au sentiment de quasi-impunité.» L’installation de caméras est préconisée à tous les endroits de l’abattoir où des animaux vivants sont manipulés, ainsi qu’une plus grande ouverture aux associations, un droit de visite des parlementaires et la mise en place de comités locaux de suivi de site associant l’ensemble des personnes intéressées à la vie de l’abattoir.

60 à 100 mises à mort par minute

L214 estime que cette commission «a permis de donner une existence aux centaines de milliers d’animaux qui meurent chaque jour derrière les murs des abattoirs en France». Mais elle reste fort sceptique sur les mesures préconisées: «Une mise en place de caméra de surveillance? Utile si et seulement si elle contribue à la transparence des abattoirs par un accès des associations et de la société civile aux images. Une formation du personnel? La réglementation exige déjà un personnel compétent. Que peut faire le plus consciencieux des employés, à qui il est demandé de mettre à mort 60 à 100 animaux par minute?»

Etourdissement des volailles par gaz

CIWF France se réjouit de plusieurs propositions du rapport, mais déplore le manque d’ambitions concernant les volailles, qui représentent 90% des animaux abattus en France, à l’issue d’un étourdissement par e?lectronarcose par bain d’eau, considéré comme «inefficace». Si l’étude des enjeux financiers d’une généralisation de l’étourdissement par gaz pour les volailles est bien présente dans le rapport, CIWF estime cela insuffisant. «Des études financières ont d’ores et déjà été faites au niveau européen, notamment par la Commission européenne, et ces méthodes doivent maintenant être mises en place», estime l’association, qui demande le soutien de l’Etat.

 



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