A Strasbourg, des médecins s’insurgent contre la pollution

Le 15 avril 2015 par Romain Loury
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Strasbourg, au fond d'une cuvette
Strasbourg, au fond d'une cuvette
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Dans une pétition lancée fin mars, un collectif de médecins strasbourgeois exprime son ras-le-bol face à la pollution. Il accuse la communauté urbaine de Strasbourg (CUS) et la préfecture de traîner des pieds face à ce grave problème de santé publique, alors que la ville est l’une des plus polluées de France.

Si les chiffres de l’Association pour la surveillance et l’étude de la pollution atmosphérique en Alsace (Aspa) révèlent une légère amélioration ces dernières années, 2015 semble pour l’instant un très mauvais cru. Selon des données au 26 mars, Strasbourg a enregistré cette année 39 jours au-dessus du seuil d’information pour les PM10, contre 47 jours pour toute l’année 2014, 83 en 2013 et 70 en 2012 [1].

«Nous, médecins strasbourgeois, refusons l’indifférence face à ce problème de santé publique. Nous alertons les pouvoirs publics sur la gravité de la situation et demandons que la santé de nos patients soit reconnue comme une priorité dans les décisions relatives à la pollution de l’air», indique le collectif dans sa pétition lancée fin mars, signée à ce jour par 67 médecins.

Car si l’on parle beaucoup de la pollution parisienne, on oublie souvent les grandes villes françaises, dont certaines n’ont pas grand-chose à envier à la capitale. «Strasbourg est située dans une cuvette, coincée entre les Vosges et la Forêt-Noire, il y a très peu de circulation d’air (…) Son climat est très sec, ce qui empêche l’évacuation des particules», explique au JDLE Thomas Bourdrel, radiologue libéral à l’origine de cet appel des médecins, et président de l’association «Strasbourg respire».

Une pionnière qui se repose

Certes, avec ses 6 lignes de tram et son réseau de pistes cyclables le plus étendu de France, la ville compte parmi les pionnières de la lutte contre la pollution atmosphérique. «La ville a fait beaucoup d’efforts, mais depuis 10 ans plus rien n’est fait. Au vu de sa situation géographique et de la forte circulation dans ses environs, elle doit en faire beaucoup plus que les autres villes pour parvenir à un résultat souvent décevant», ajoute Thomas Bourdrel.

Pour le médecin, la ville, l’une des capitales européennes, devrait «montrer l’exemple». C’est, selon lui, loin d’être le cas. Exemple, l’arrêté ministériel du 26 mars 2014, qui prévoit qu’une procédure d’alerte soit déclenchée après trois jours consécutifs au-dessus du seuil d’information, n’a toujours pas été appliqué par la préfecture.

Quant au plan de protection de l’atmosphère (PPA) réactualisé en juin 2014, «il est très bien, mais il faut l’appliquer. Pour l’instant, il semble avoir été créé uniquement pour éviter les sanctions financières» de l’Union européenne pour le non-respect des normes de qualité de l’air. Parmi les mesures-phares du PPA, la réduction de la pollution sur les voies rapides urbaines, et la restriction d’accès des véhicules polluants dans certaines zones, dont le centre-ville.

Dans sa pratique professionnelle, Thomas Bourdrel a-t-il écho des effets sanitaires de la pollution sur la population strasbourgeoise? «Bien sûr, en tant que radiologue, je suis amené à voir des cancers, mais il est très difficile de chiffrer tout cela. Toutes les études montrent que la pollution est un agent cancérigène, au même titre que le tabac et l’amiante. Et en tant que médecin, je m’étonne du fossé qu’il existe entre ce que nous apprennent ces études et ce qui est réellement fait pour lutter contre la pollution», conclut-il.

[1] Ces données sont celles d’une station strasbourgeoise située à proximité de l’autoroute A35. Les mêmes évolutions d’une année sur l’autre sont observées pour d’autres stations implantées dans la ville.

 

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