A Salsigne, une ruée vers l’or à pas feutrés

Le 30 juin 2014 par Romain Loury
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Salsigne, une bête au bois dormant?
Salsigne, une bête au bois dormant?
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Fermée en 2004, la mine d’or de Salsigne dans l’Aude, dont le site demeure fortement pollué à l’arsenic, attise de nouveaux intérêts industriels. Un candidat à la reprise a rencontré le député Jean-Claude Perez, qui a transmis ces doléances au ministre de l’économie Arnaud Montebourg.  Fin mai, celui-ci a promis une enquête de faisabilité.

De son ouverture en 1892 à sa fermeture en 2004, la mine de Salsigne aura produit environ 120 tonnes d’or, ce qui en a fait la plus importante d’Europe occidentale. D’un point de vue environnemental, le bilan aura été lourd: avec 11,6 millions de tonnes de résidus pollués, en particulier de l’arsenic, le site, dont l’entretien est désormais assuré par le BRGM, demeure l’un des plus pollués de France.

Or il pourrait bien être question de le rouvrir. Fin avril, la Dépêche du Midi évoquait la venue à Carcassonne de deux industriels, Olivier Bernard et Sébastien d’Arrigo, intéressés par une reprise de la mine. Si les deux hommes sont désormais associés dans la société Or & Vintage, spécialisée dans le négoce de métaux précieux, le premier a travaillé chez Orfund, entreprise andorrane et candidate malheureuse à la reprise du site, au début des années 2000.

Selon les estimations, le site de Salsigne contiendrait encore 30 à 35 tonnes d’or, ce qui laisse entrevoir une quarantaine d’années d’exploitation. Et ce n’est pas tout: la mine contient aussi des terres rares, dont le marché est largement dominé par la Chine. Voilà qui pourrait donner du grain à moudre à la future Compagnie nationale des mines de France, dont le projet a été annoncé fin février par le ministre du redressement reproductif, Arnaud Montebourg.

Un nouveau procédé d’extraction

Partisan de l’exploitation des gaz de schiste, celui-ci est peu réputé pour ses penchants écologistes. Outre la question de l’emploi, sinistré dans l’Aude, cela constituera pourtant l’enjeu majeur d’un tel projet. Les deux industriels le savent bien, qui, lors de leur visite à Carcassonne, ont présenté au député audois Jean-Claude Perez un projet qu’ils veulent «écoresponsable». L’extraction de l’or ne serait plus basée sur le processus de cyanuration, mais sur celui, nouveau, de chloruration, qui rendrait inertes les roches traitées et permettrait de les réutiliser dans le remblaiement, affirment-ils.

Dans l’entourage du député Jean-Claude Perez, on affirme «ne pas se positionner» sur le bien-fondé ou la faisabilité du projet. Après la rencontre, le dossier a aussitôt été transmis au cabinet d’Arnaud Montebourg. Dans un courrier de réponse au député, daté de fin mai, le ministre a assuré qu’il allait demander aux services compétents «de faire un point» et de «diligenter une enquête» sur le sujet. Contacté par le JDLE, le cabinet d’Arnaud Montebourg n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Que ce soit par chloruration, ou bien par pyrométallurgie ou par cyanuration comme par le passé, «on ne connait pas de solution propre pour ce genre d’activité», estime Henri de Marion Gaja, vice-président de l’Association de défense des riverains et de protection de l’environnement des mines et usines de Salsigne. «On n’a déjà pas fini de souffrir des activités passées de la mine», ajoute-t-il, rappelant les multiples restrictions qui s’appliquent à la vallée de l’Orbiel.

Plusieurs de ses communes se voient ainsi interdire la commercialisation de plusieurs légumes feuilles, légumes racines, de poireaux, d’escargots et de thym, qui présentent non seulement des taux trop élevés d’arsenic, mais aussi de plomb, de cadmium et de mercure.

Au-delà des craintes environnementales, Henri de Marion Gaja est sceptique quant à la faisabilité du projet de réouverture. Les éventuels repreneurs «auront beaucoup de difficultés physiques et juridiques. Cela a été un bassin d’emploi, mais maintenant il n’y a plus personne qui connaisse ce métier, je me demande comment ils vont engager de nouveaux mineurs».



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