A Salsigne, un plan d’action contre l’arsenic

Le 15 novembre 2019 par Romain Loury
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Salsigne, une pollution pérenne
Salsigne, une pollution pérenne
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La préfecture de l’Aude a présenté jeudi 15 novembre aux habitants de l’ancien site minier de Salsigne (Aude) un plan d’action contre la pollution à l’arsenic, qui s’est manifesté de plus belle depuis les inondations d’octobre 2018. Sur les 233 enfants testés à ce jour, 75 présentaient un niveau d’arsenic supérieur au seuil de 10 µg/g.

Plus importante mine d’or de France, le site minier de Salsigne, fermé en 2004, en est aussi l’un des lieux les plus pollués. Notamment à l’arsenic, qui abonde dans les 11,6 millions de tonnes de résidus miniers pollués. Si ces déchets ont été stockés sur plusieurs sites, d’importants problèmes d’étanchéité, nécessitant des travaux de réfection, ont entraîné des fuites de cet élément toxique dans l’environnement.

Au-delà d’une pollution continue dans la rivière Orbiel, l’arsenic s’est propagé en masse lors des inondations survenues mi-octobre 2018. Si la Dreal[i] Occitanie s’est dans un premier temps montré rassurante, la suite des évènements a donné raison aux riverains, qui craignaient une forte pollution. Depuis juin, des tests sanguins menés chez des enfants ont révélé de nombreux cas de forte imprégnation, semant une vive inquiétude dans la population.

Le bilan s’alourdit

Selon un bilan dressé mi-juillet, 31 enfants, parmi les 48 analysés, se situaient au-dessus du seuil de 9 microgrammes d’arsenic par gramme de créatinine (une protéine sanguine), qui constitue la valeur biologique d’interprétation (VBI) fixée par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS)[ii].

Or selon les nouveaux chiffres présentés jeudi 15 novembre par la préfète de l’Aude, Sophie Elizéon, lors d’une réunion organisée à Conques-sur-Orbiel, le bilan ‘est encore aggravé: 233 enfants ont été testés au moins une fois, dont 67 se situant au-dessus de 10 µg/g. Quant aux 166 autres, testés négatifs dans un premier temps, huit d’entre eux ont été positifs lors d’un deuxième test.

En tout, cela porte à 75 le nombre d’enfants, sur 233, testés au-dessus de 10 µg/g, soit 32,2%. Pour l’agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie, seule la positivité à deux tests consécutifs confirme la surexposition: c’est le cas de 11 enfants, dont 2 ont même été testés trois fois positifs.

La surveillance se poursuit

Face à cette situation pour le moins inquiétante, la préfecture a dévoilé jeudi 14 novembre un plan de 50 actions, dont plusieurs déjà menées, à la demande de la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon, en déplacement à Salsigne fin octobre. Présenté jeudi soir aux élus et aux associations, il est soumis à consultation jusqu’au 6 décembre, et sera finalisé d’ici janvier, a promis la préfète.

Parmi les axes de ce plan, la surveillance sanitaire, confiée à l’ARS, sera poursuivie, avec «possible pérennisation» des tests chez les enfants de moins de 11 ans et les femmes enceintes. Le rythme de cette surveillance sera défini en fonction de recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) sur le suivi biologique et clinique des populations, attendues d’ici la fin de l’année. Des études seront menées pour définir un seuil de toxicité chez l’enfant. Santé publique France doit prochainement sortir – «mi-novembre» selon la préfecture – des recommandations sur la nature des enquêtes épidémiologiques à mener.

A partir de début 2020, un suivi clinique à long terme pour les personnes potentiellement exposées sera mis en place, afin de dépister au plus vite des effets toxiques, en particulier cutanés. Avant cela, un accompagnement psychologique sera proposé aux familles vivant dans la vallée de l’Orbiel, dès décembre.

De nouveaux travaux d’étanchéité

Côté prévention et surveillance environnementale, la préfecture s’engage à mener des études sur les poussières atmosphériques (la dernière remonte à 2006). Elle prévoit de conduire des travaux pour reprendre l’étanchéité du site de Montredon, l’un des deux sites majeurs de stockage qui a connu de nombreuses fuites, et a récemment fait l’objet de travaux de réfection.

Quant à la verse de Nartau, zone très pentue et très arséniée, fortement déstabilisée lors des inondations, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) va mener une «étude technico-économique sur les possibilités de traitement, confinement ou couverture», afin d’empêcher qu’elle pollue le Grésillou, ruisseau se déversant dans l’Orbiel, comme elle l’a fait lors des inondations.

Last but not least, la préfecture s’engage à «veiller à la mise à disposition systématique des données environnementales et sanitaires» sur son site internet, et d’«en améliorer l’accessibilité et l’ergonomie». Une demande de longue date des associations, dont certaines, comme les Gratte-Papiers, n’ont cessé de dénoncer le manque de transparence de la préfecture à l’égard de la population.



[i] Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement.

[ii] Cette VBI correspond au 95ème percentile en population générale: 95% de la population se situe en-dessous, 5% au-dessus. A noter que cette valeur, qui n’est en rien un seuil sanitaire, a été calculée chez les adultes, et n’a donc aucune valeur chez l’enfant. Faute de mieux, c’est pourtant elle qui est utilisée, ou plutôt la valeur voisine de 10 µg/g.