A Salsigne, travaux imminents pour endiguer l’arsenic

Le 28 avril 2017 par Romain Loury
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Salsigne, un site durablement pollué
Salsigne, un site durablement pollué
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Sur l’ancien site minier de Salsigne (Aude), l’arsenic continue d’empoisonner l’environnement. En cause, l’effritement d’un site de stockage des déchets miniers, dont l’étanchéité n’est plus assurée. Des travaux devraient débuter courant mai.

De son ouverture en 1892 à sa fermeture en 2004, la mine de Salsigne aura produit environ 120 tonnes d’or, ce qui en a fait la plus importante d’Europe occidentale. D’un point de vue environnemental, le bilan est lourd: avec 11,6 millions de tonnes de résidus pollués, en particulier de l’arsenic, le site demeure l’un des plus pollués de France, avec des retombées sanitaires avérées pour les riverains.

Salsigne, cas d’école de l’après-mine

Alors que la France voit fleurir les projets de réouverture de mines, leurs nombreux opposants voient dans Salsigne un cas d’école de la gestion par l’Etat du passif minier. A savoir une absence totale de prise en compte de l’après-mine, et de ses lourdes retombées sanitaires et environnementales.

Exemple, le site de stockage de Montredon, plus récent des deux principaux de stockage de déchets de Salsigne (1994). Dans son bulletin ironiquement nommé «L’officiel de la mine responsable», l’association Les Gratte-Papiers rappelle qu’au début des années 1990 ce site avait été jugé inadapté, pour des raisons hydrogéologiques, à la mise en place d’une décharge de déchets ménagers.

Surprise: la préfecture de l’Aude accordera en 1993 son feu vert pour le stockage des déchets arséniés. Une fois le site en fonction, l’autorisation sera annulée en 1997 par le tribunal administratif de Montpellier, avant d’être de nouveau accordée par la préfecture. Résultat 20 ans plus tard: le site montre d’importantes faiblesses en termes d’étanchéité, contaminant les nappes phréatiques de son arsenic.

Flanc ouest, flanc est

Après étude du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), il a été décidé de consolider le site. Les travaux débuteront en mai, tout d’abord sur le flanc ouest dont la partie sommitale s’effrite, et ce par l’implantation de 130 pieux visant à fixer la pente, ainsi que par l’apport de matériaux sur le sommet, indique Laurent Denis, responsable de l’unité interdépartementale Aude-Pyrénées-Orientales à la Dreal[i] Occitanie.

Mais la partie la plus sensible des travaux devrait débuter fin 2017 -et s’étendre sur les «six premiers mois de 2018» selon Laurent Denis- sur le flanc est, dont les études du BRGM révèlent un ruissellement d’arsenic. Les travaux prévoient la mise en place d’une tranchée acheminant l’eau contaminée jusqu’à la station de traitement de la Combe du Saut, située sur la rivière en contrebas, l’Orbiel.

L’étanchéité sera également revue: le BRGM mène actuellement une étude afin d’évaluer diverses solutions textiles, en vue de remplacer l’actuelle membrane géobentonitique, qui présente d’importants signes d’usure –et laisse ruisseler l’eau de pluie, qui ressort chargée d’arsenic.

Une station de traitement épargnée

Dans son bulletin, l’association Les Gratte-Papiers s’inquiète du sort de la station de la Combe du Saut, qui capte une partie de l’eau s’écoulant du flanc est. En septembre 2012, la DGPR avait en effet demandé à la Dreal de prévoir sa fermeture. Tout en préparant «avec soin un argumentaire sur l’intérêt de supprimer [cette station], d’autant plus que les riverains ont été à nouveau mobilisés par la résurgence de 2013», lorsque d’importantes teneurs en arsenic avaient été observées dans un ruisseau, le béal de Sindilla.

Faute de mieux, tant que le site de Montredon ne sera pas étanchéifié, les autorités ont finalement décidé de maintenir la station en fonction, «probablement pour plusieurs années», indique Laurent Denis. «Ce n’est pas une station de traitement qui avait vocation à être pérenne, elle n’a pas été créée pour gérer le passif minier», et ne capte qu’une partie de l’eau s’écoulant de Montredon, ajoute-t-il.

D’autant que son coût de fonctionnement, déjà élevé (400.000 euros par an selon Laurent Denis), pourrait doubler. Issu du traitement de l’eau, l’arséniate de chaux est stocké dans une alvéole étanche, laquelle viendra un jour à saturation. Ce qui engendrera un surplus de déchets, qu’il faudra évacuer à prix élevé.

Outre une partie des eaux issues de Montredon, la station de la Combe du Saut récupère celles du bassin de l’Artus, autre grand site de stockage des déchets miniers. Dénué de membrane étanche, il dispose à ses pieds de six bassins retenant l’eau qui s’écoule, mais qu’il reste à traiter avant qu’elle ne rejoigne l’Orbiel adjacent. Des recherches sont actuellement en cours pour trouver de nouvelles solutions de détoxification de ces eaux, notamment par la voie de bactéries sulfatoréductrices.



[i] Dreal: direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement; DGPR: direction générale de prévention des risques

 



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