A Salsigne, la cartographie de la pollution chimique attendra

Le 29 juillet 2016 par Romain Loury
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Un site parmi les plus pollués de France
Un site parmi les plus pollués de France
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Sur l’ancien site minier de Salsigne (Aude), la cartographie de la pollution chimique, réclamée par des associations locales, n’est plus une priorité de la préfecture. Pire: dans un «porter à connaissance» présenté mi-juin à plusieurs maires, elle n’évoque que les risques géotechniques (affaissement, tassement), mais fait fi de la contamination par les métaux lourds.

De son ouverture en 1892 à sa fermeture en 2004, la mine de Salsigne aura produit environ 120 tonnes d’or, ce qui en a fait la plus importante d’Europe occidentale. D’un point de vue environnemental, le bilan est lourd: avec 11,6 millions de tonnes de résidus pollués, en particulier de l’arsenic, le site demeure l’un des plus pollués de France, avec des retombées sanitaires avérées pour les riverains.

L’idée avait été proposée par la préfecture de l’Aude: l’Etat procèderait à une cartographie de la pollution des sols «afin d’en tirer toutes les conséquences, y compris dans le domaine de l’aménagement du territoire et des politiques en matière d’urbanisme», indiquait la préfecture lors d’un compte-rendu de commission locale d’information (CLI) de juillet 2006.

Le pollueur-payeur en suspens

Dix ans plus tard, le projet s’est doucement effacé des comptes-rendus de CLI –qui sont passés de trois par an en 2006 à une tous les trois ans-, et les riverains l’attendent toujours. A ce jour, le seul exercice d’analyse des sols a été mené en 2005, dans le cadre d’un projet de centre de valorisation des déchets à Lassac, finalement abandonné sous la pression des associations.

Pourquoi l’idée d’une telle cartographie, sur l’ensemble de l’ancien site, s’est-elle évaporée? Probablement pour une raison de coût[i], mais pas seulement, avance François Espuche, président de l’association locale Les Gratte-Papiers: «l’Etat a décidé qu’il ne voulait pas savoir», ce qui lui permet, sous couvert d’informer sur un risque «possible», de ne pas engager sa responsabilité.

Exemple tiré d’un permis de construire délivré en juin sur la commune de Lastours: en bas du document figure une mention selon laquelle «le demandeur est informé d’une possible contamination des sols par divers métaux lourds (arsenic et plomb notamment)».

«Dans ces conditions, il lui est recommandé de ne pas utiliser à des fins de consommation humaine l’eau des puits privés existants ou pouvant être réalisés sur la parcelle achetée; s’il réalise un jardin potager sur sa parcelle, de ne pas consommer les légumes feuilles et fruits produits, notamment si le jardin est irrigué ou inondé par l’Orbiel ou ses affluents; de prendre toute précaution pour éviter l’ingestion de terre par les jeunes enfants», conclut le permis de construire.

Quand l’information désengage

Pour François Espuche, l’Etat, qui a la responsabilité du site, est «le pollueur, mais il ne dit pas que c’est pollué: il ne fait qu’informer d’un risque de pollution». En l’absence de cartographie de la contamination, le principe du pollueur-payeur ne peut s’exercer, la responsabilité étant de fait transférée à la population, censée se protéger grâce aux conseils fournis par les autorités.

C’est dans cette logique que François Espuche, avec un autre membre des Gratte-Papiers, a demandé, et obtenu (fin mai), l’annulation d’un arrêté préfectoral sur la commercialisation de plusieurs produits (légumes, thym, escargots) provenant de neuf communes couvertes par l’ancien site minier.

Les aléas miniers, moins la pollution

Preuve supplémentaire de l’abandon du projet de cartographie, une réunion organisée mi-juin par la préfecture avec cinq maires du site de Salsigne. Ceux-ci se sont vus exposer les aléas miniers, dans le cadre d’un plan de protection des risques miniers (PPRM), avec notification pour chaque commune des zones inconstructibles ou constructibles sous réserve.

Surprise: les aléas miniers évoqués par la préfecture sont l’effondrement localisé, l’affaissement progressif, le tassement, l’instabilité de pente... mais pas la pollution par les métaux lourds! Pour François Espuche, «on s’occupe des détails, mais on ne s’intéresse pas à l’essentiel, bien que cette cartographie de la pollution nous ait été promise».

Egalement publié en juin par la préfecture, le PPRM du bassin de lignite du Minervois, situé à cheval sur l’Hérault et l’Aude, évoque quant à lui, parmi ses aléas miniers, la pollution des eaux superficielles et souterraines, et pas uniquement ceux de type géotechnique comme à Salsigne.

Une transparence à retardement?

Autre motif d’indignation pour le président des Gratte-Papiers, c’est fin 2012 que cette cartographie des risques géotechniques a été menée par le groupement d’intérêt public Geoderis. Il aura donc fallu près de quatre ans, jusqu’en juin 2016, pour que l’étude soit présentée aux maires concernés et publiée sur le site internet de la préfecture. Et ce malgré les assurances de transparence et d’information du public, réitérées par la préfecture lors de chaque CLI.

Prochaine étape pour les Gratte-Papiers, obtenir le retrait des recommandations sanitaires émises par l’agence régionale de santé (ARS) Languedoc-Roussillon, ainsi que de l’information fournie sur une «possible» contamination des sols lors de toute transaction immobilière ou autorisation d’urbanisme. «Si l’Etat pense qu’il y a une pollution, il lui appartient d’établir ce risque, pas de dire qu’il y a une possibilité de risque», conclut François Espuche.



[i] Au lieu des 120 hectares analysés lors du projet de Lassac, ce sont 21.364 hectares qui devraient être cartographiés: il s’agit de la superficie totale des 21 communes concernées par des mesures d’information des risques sanitaires.

 



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