A quoi sert la PPE Guyanaise?

Le 17 mars 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le barrage du Petit Saut produit la moitié de l'électricité guyanaise.
Le barrage du Petit Saut produit la moitié de l'électricité guyanaise.
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La publication de la programmation plurianuelle de l’énergie (PPE) de Gyuane est imminente. Prévue pour encadrer le système énergétique du plus grand département de France, elle pourrait aussi accroître son bilan carbone. Explications.

C’est à l’occasion de son passage en Guyane que la ministre de l’environnement a signé, ce vendredi 17 mars, le décret relatif à la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). Comme prévu par la loi sur la transition énergétique, ce texte impose au plus vaste département de France d’atteindre l’autonomie énergétique «à l’horizon 2030 et l’intégration de 50% d’énergie renouvelable dans le bilan d’énergie finale en 2020.» Ce n’est pas dit, mais on peut le supposer. La Guyane étant un territoire français, elle doit, en principe, réduire ses émissions de gaz à effet de serre (de 20% entre 1990 et 2020 et de 40% à l’horizon 2030). Autant d’objectifs qui semblent irréalistes au vu du système énergétique guyanais.

Une énergie importée à 80%

Plus vaste département (et région) de France, la Guyane importe 80% de l’énergie qu’elle consomme, principalement sous la forme de combustibles (pour les centrales thermiques) et de carburant pour les véhicules routiers. A lui seul, le secteur du transport  engloutit 59% de l’énergie primaire guyanaise.

La production d’électricité devrait se verdir un peu plus. La Guyane n’a d’ailleurs pas à rougir de ses performances actuelles : le barrage du Petit Saut fournit déjà plus de la moitié des électrons consommés sur le territoire. D’ici à 2023, la PPE prévoit la mise en service de 40 MW de chaudières à biomasse,  de 16,5 MW de petites centrales au fil de l’eau, de 33 MW de photovoltaïques, et de 20 MW d’éoliens. A cela, s’ajoutera une usine d’incinération qui produira 8 MW d’électricité. A condition toutefois de doubler le tarif d’achat du courant. Faute de quoi le projet n’a aucune chance d’atteindre la rentabilité.

Mises bout à bout, ces capacités nouvelles devraient injecter un peu plus de 525 GWh/an en 2023. Soit 38% du bilan électrique. A quoi il faut ajouter la production de Petit-Saut (460 GWh en 2015), des installations renouvelables existantes (70 GWh/an). Sans oublier les centrales à flammes: 326 GWh/an.

Nouvelles centrales thermiques

Les nouvelles capacités renouvelables ne se substitueront pas aux moyens thermiques classiques. EDF prévoit toujours de remplacer sa centrale au fioul de Dégrad-des-Cannes, près de Kourou (120 MW) et la turbine à combustion de Kourou (20 MW). Une capacité de production d’une quarantaine de mégawatts devra également être mise en batterie pour sécuriser l’approvisionnement de Cayenne et de l’ouest du territoire.

Pour réduire les besoins en nouvelles centrales, la PPE prévoit d’importants efforts de maîtrise de la demande : en modernisant les bâtiments et en remplaçant les appareils énergivores, en construisant des bâtiments plus sobres, en sensibilisant les Guyanais aux économies d’énergie. Certains ont de bonnes raisons de ne pas se poser ce genre de questions : 12% des logements n’ont pas l’électricité. Et 58% des habitations ne disposent pas … d’eau chaude.

Qu’à cela ne tienne. La PPE prévoit tout de même de réduire de 151 GWh la consommation annuelle d’électricité en 2030: 17% de moins que le scénario tendanciel.  Pour mémoire, la seule récession économique a fait chuter de 13% la demande en énergie finale, entre 2012 et 2014.

Rien sur la mobilité ou presque

Quid de la mobilité? Peu de choses, à dire vrai. Au mieux, 10% du parc de voitures pourraient être ’électrifiés: de quoi accroître de 1% la consommation d’électricité en 2030, note la PPE. Pour le reste, la création de deux lignes de bus et de quelques pistes cyclables est prévue, ainsi que la mise en site propre de lignes de bus. Rien qui ne puisse vraiment réduire la consommation de carburants, importés des Antilles. Dit autrement, la PPE ne s’intéresse qu’à la marge au plus gros poste énergivore de la Guyane. L’autonomie énergétique n’est donc pas pour demain.

Bien au contraire. Car, en 2030 le nombre de Guyanais pourrait atteindre 419.000 : plus du double de la population de 2005. Autant de nouveaux consommateurs d’électricité, de froid et de kilomètres.

Raison pour laquelle, EDF étudie depuis plusieurs années déjà la construction d’un nouveau grand barrage hydroélectrique sur la Mana. Une question très sensible localement. Et que n’évoque qu’en filigrane la PPE. De quoi sécuriser pourtant l’approvisionnement en électricité, mais aussi faire grimper le bilan carbone du territoire. Avec ses émissions de méthane, l’ouvrage de Petit Saut émet  370.000 tonnes équivalent CO2/an. La mise en eau d’un ouvrage comparable ferait bondir d’un tiers l’empreinte carbone guyanaise.  On est bien loin de la COP 21.



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