A quoi sert donc Linky?

Le 07 février 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Linky pourrait rapporter beaucoup à Enedis.
Linky pourrait rapporter beaucoup à Enedis.
VLDT

Dans son rapport annuel, la Cour des comptes éreinte le projet de compteur d’électricité communicant. Les magistrats reprochent le manque d’intérêt de l’opération pour le consommateur. Un déploiement qui s’avère, en revanche, très profitable à Enedis, le gestionnaire des réseaux de distribution.

Tout commence par une directive européenne. Le texte adopté en juillet 2009 impose aux Etats membres «d’optimiser l’utilisation de l’électricité, par exemple en proposant des services de gestion de l’énergie, en élaborant des formules tarifaires novatrices ou, le cas échéant, en introduisant des systèmes de mesure ou des réseaux intelligents». Si les finances le permettent, précise la loi communautaire, «au moins 80% des clients seront équipés de systèmes intelligent de mesure d’ici 2020».

Sur le modèle italien, le groupe EDF a convaincu le gouvernement de se lancer dans la généralisation des compteurs communicants. En France, il s’appellera Linky (le nom d’une pâte à tartiner) et sera enrobé d’une coque vert acide.

35 millions de compteurs

Lancée en septembre 2011 par le ministre de l’industrie d’alors, Eric Besson, la pose des 35 millions de compteurs communicants a plusieurs justifications. Outre le respect de la loi européenne, elle doit réduire les risques d’erreur de facturation des consommateurs, faciliter la détection de dysfonctionnement du réseau de distribution, diminuer le vol d’électricité (les fameuses ‘pertes non techniques’). Disposer d’un tel outil de mesure permet aussi de cerner avec précision les habitudes des usagers: autant de données qui doivent permettre aux fournisseurs d’électricité de ciseler des offres commerciales correspondant aux véritables besoins. Retraitées par les producteurs d’électricité, ces données permettent aussi d’évaluer la puissance électrique nécessaire à chaque heure du jour et de la nuit.

CPL et Mobile

L’architecture technique du système concocté par ERDF (aujourd’hui Enedis) est relativement simple: installés chez les consommateurs, les compteurs transmettent automatiquement les données de consommation par courant porteur en ligne (CPL) à des concentrateurs qui les renvoient, par téléphonie mobile cette fois, aux ordinateurs d’Enedis. A charge pour le distributeur de dispatcher ces données à toutes les parties intéressées (producteurs, fournisseurs, etc.).

Après une phase d’expérimentation, Enedis prévoit d’installer les 35 millions de compteurs d’ici 2021. Fin 2017, 8 millions étaient opérationnels, en phase avec le calendrier du distributeur. Le coût du déploiement est conséquent: 5,67 milliards d’euros, qui seront entièrement réglés par les usagers, via la part de la facture dédiée au financement des réseaux: le Turpe[1]. Eric Besson avait pourtant promis la gratuité de l’opération aux consommateurs. Qu’importe!

Différé tarifaire

Pour ne pas le faire augmenter trop brutalement, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a défini un mécanisme de ‘différé tarifaire’, dont l’objectif est de prendre en compte, pour la fixation du tarif de l’électricité, le financement de l’investissement quand 90% des Linky auront été posés. En 2021, donc. Le taux d’intérêt de cette avance est de 4,6% et les intérêts s’élèvent à 785 M€ sur la période 2015-2030: 49 M€ par an.

Pour Enedis, Linky peut être une machine à cash, explique le rapport de la Cour des comptes. Pour inciter l’opérateur à atteindre les objectifs fixés, le régulateur a fixé un système de bonus-malus: incitation financière à atteindre les objectifs ou pénalités en cas de malheur. Or, telle qu’elle est conçue, cette règle est très favorable à la filiale d’EDF. «Au total, si Enedis respecte, en 2019, les coûts, les délais et les niveaux de performance, sa rémunération globale s’élèvera, en prenant en compte l’ensemble des incitations, à 10,3% de la valeur actualisée nette des actifs. Elle pourrait même être supérieure en cas d’économies par rapport aux coûts prévisionnels […] et seules des dérives importantes amèneront réellement à pénaliser l’entreprise, et ce de façon limitée puisque, les pénalités étant plafonnées, Enedis est assurée d’avoir une rémunération d’au moins 5,25%.» Ainsi, le différé tarifaire et les incitations financières «permettront à Enedis de bénéficier de rémunérations avantageuses.»

Chasse à la fraude

Rentable pour le gestionnaire du réseau de distribution, Linky est-il utile? Pas si sûr, à lire le rapport des magistrats de la rue Cambon. Ces derniers pointent un risque de vieillissement plus rapide que celui estimé par l’opérateur (20 ans). De plus, le coût de certains systèmes d’information n’a pas été pris en compte dans le modèle d’affaires: comment régler ces ? 300 M€? Les rédacteurs s’interrogent aussi sur le programme économique de l’opération. Mis à part ceux qui seront quasi automatiquement obtenus par la chasse à la fraude (1,9 milliard), les gains de Linky restent hypothétiques, de l’avis des auteurs. Or les montant annoncés ne sont pas nuls. Initialement, l’installation de Linky devait permettre à Enedis de réduire d’un milliard par an le coût de ses interventions techniques et de 700 millions le prix de la relève.

Des gains par milliards?

Ce n’est pas tout. Le petit boîtier vert doit aussi permettre, nous dit son promoteur, de baisser la consommation d’électricité et de faciliter la mise en concurrence des fournisseurs d’électricité. Au total, les gains générés par la merveille d’Enedis devraient se monter à une dizaine de milliards d’euros sur la période 2011-2038. Des calculs qui ne convainquent pas vraiment les magistrats. Ces derniers soulignent le manque de données intelligibles délivrées aux consommateurs par Linky. Pas de quoi les inciter à modifier leurs habitudes ni à devenir des pro du changement de fournisseur.

 



[1] Turpe: tarifs d’utilisation des réseaux publics d’électricité

 

 



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